24 septembre 2021

Cher journal, des traces fantomatiques s’animent autour de moi. L’air s’étouffe en silence. L’absence prend vie en creux, souvenir altéré aussi flou qu’impalpable. A travers une ronde spectrale inaudible, je perçois le bourdonnement d’un monde harmonieux. Comme si, derrière la fenêtre brisée de mes échecs, je pouvais entrevoir un lieu mythique, théâtre fantastique, foyer de mes fantasmes hallucinés. Mais déjà la lumière s’effondre, l’image merveilleuse s’efface dans une stupéfiante douceur, me laissant seule à nouveau, accompagnée des ruines fuyantes du tombeau de mes chimères.

L’inédit de la semaine : Pianoless Failure

Équinoxe again.

On reste en trio cette semaine, pour ce Pianoless Failure inédit, encore une fois écrit à trois paires d’oreilles. Frédéric, Matthias & Sylvain vous proposent une petite danse automnale, doucement tournoyante comme la fine et légère feuille libre, soumise à la gravité terrestre pour son dernier voyage avant la grande transcendance … C’est pas clair ? Bon, l’été c’est fini, là ça va commencer à faire frisquet, c’est l’automne, bientôt glagla. Alors tu valses, tu sautes, tu roule-boules, tu saltottes, tout ce que tu peux, on va pas t’aider sur ce coup là. Ce qui compte c’est que tu ne perdes pas de vue ta guinche intérieure, parce que c’est la vie !

Ce piano voyage en dedans…

Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars

déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

César Vallejo
Traduction Nicole Réda-Euvremer

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Tunnel sans piano
Lieu & destination inconnues, XXIème siècle
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine.

17 septembre 2021

Cher journal, j’ai parfois l’impression, au cœur de la nuit, que ma pensée m’échappe. Mon écriture s’incarne alors sans conscience, et soudain je découvre intriguée les traces manuscrites inconnues. Je ne maîtrise plus le sens ni la forme, les mots ne sont pas de moi. Ou bien d’une autre moi. Ou encore d’un autre – tout court. Mais qui suis-je alors, un hôte ? Un histrion ? Un personnage sans quête, une touriste cacographe ? Un vagabond céleste, l’incarnation d’une divine merveille séculaire ? Une inconnue, assurément. Si je suis plusieurs, qui est  »je » ? Me laisser traverser par un visiteur, pourquoi pas, mais où suis-je pendant ma dépossession ? Je somnambule sûrement dans des limbes d’inconscience, ivre d’une danse onirique dont les tremblements agitent mon âme d’un plaisir infini.

L’inédit de la semaine : Noctambularium Tremens

Qui parle ?

Trois voix pour l’inédit du jour, une écriture collégiale de Frédéric, Matthias & Sylvain, sobrement intitulée Noctambularium Tremens, parce que nous, le Latin, c’est vraiment notre truc. Là on est en train d’écrire les paroles, tu pourras les chanter à la messe quand tu auras bien retenu la mélodie… Alors c’est parti, entrainement : chante dix fois la partie du trombone, saute dix minutes sur ton lit au rythme du saxophone basse, puis danse en boucle la mélodie de la trompette. Si tu fais ça tous les jours pendant trois semaines tu seras prêt.e : tu nous poke sur les réseaux d’asociaux, on te faxe le texte et le tour est joué, à toi la gloire, veinard.e ! Merci qui ?

♡ Bienvenue aux nouvelles/aux Tipeuses/eurs du blog (toutes les infos ici), qu’iels soient ici infiniment remercié.e.s : Estelle & Antoine.

Session 511 – Mercredi 21 Janvier 1970

Je suis d’abord et avant tout un enseignant (je n’ai jamais été un homme de lettres en soi). Je suis une personnalité qui a un message : vous créez le monde que vous connaissez. Vous avez reçu le don peut-être le plus impressionnant qui soit : la faculté de projeter vos pensées hors de vous-mêmes, en une forme physique.

Ce don entraîne une responsabilité ; or, dans l’ensemble, vous avez tendance à vous féliciter de vos succès mais à accuser la société, le destin ou Dieu de vos échecs. L’humanité a tendance à projeter sa culpabilité et ses erreurs sur l’image d’un Dieu paternel qui doit se sentir fatigué de tant de récriminations.

Le fait est que chacun de vous crée sa propre réalité physique ; et collectivement, vous créez à la fois la gloire et la terreur qui président à votre expérience sur Terre. Tant que vous n’aurez pas compris que vous la créez vous-mêmes, vous refuserez de vous en reconnaître responsables. Vous ne pouvez pas non plus accuser le diable des malheurs du monde, car vous êtes à présent suffisamment développés pour savoir que le diable est une projection de votre propre psyché ; mais vous n’êtes pas encore assez sages pour savoir utiliser votre créativité de manière constructive.

Jane Roberts, Seth Parle – tome I
Traduction Michka Seeliger-Chatelain

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

« (…) le Diable est une projection de votre propre psyché. »
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine.

10 septembre 2021

Cher journal, immergée depuis l’Aube, je me laisse aller aux reflux et je danse du bout de mes tentacules feuillues. La nébulosité des profondeurs n’empêchant pas la course des rayons cosmiques, je m’éveille à une sensualité épidermique quand les photons caressent mes calices. Je suis ancrée dans mon existence et cela me pèse de plus en plus. Si je ne fais rien, combien de temps puis-je survivre ainsi ? En passant à l’action, combien de renoncements ? Embrasser la somme sacrifiée est un projet follement démesuré, mais c’est bien là, dans les zones d’ombres, que se cache l’emprunte de mes actions futures. Cette trajectoire inconnue, esquissée par la matière noire de mes renoncements, se révèle intensément passionnante.

L’inédit de la semaine : Vers Les Crinoïdes

Chacun sa route, chacun…

Cette semaine c’est Matthias qui mène la danse, avec une composition de rentrée rien que pour vous : Vers les crinoïdes. Titre programmatique, et pour atteindre les susdit crinoïdes, y’en a qui pensent qu’il faut passer par la mer, d’autres qui disent qu’on les trouve dans la montagne, du coup personne n’est d’accord et tout le monde se fâche… Une bonne matière tout de même pour remettre le trio au travail après des semaines de farniente sous un soleil de grêle. Alors bon, comment danser tout ça, on peut pas vous dire, va falloir faire preuve d’imagination un peu ! Et puis comme d’habitude, tu nous spam la boite mail avec tes agitations i-filmées, on les passera au ralenti en fond d’écran, ça nous fera notre semaine si tu t’en sors.

The Road Not Taken

Two roads diverged in a yellow wood,
And sorry I could not travel both,
And be one traveller, long I stood
And looked down one as far as I could
To where it bent in the undergrowth.

Then took the other, as just as fair,
And having perhaps the better claim,
Because it was grassy and wanted wear,
Though as for that the passing there
Had worn them really about the same,

And both that morning equally lay
In leaves no step had trodden black.
Oh, I kept the first for another day!
Yet knowing how way leads on to way,
I doubted if I should ever come back.

I shall be telling this with a sigh,
Somewhere ages and ages hence:
Two roads diverged in a wood, and I,
I took the one less travelled by,
And that has made all the difference.

Robert Frost, Mountain Interval

Bonus extra : Robert Frost lisant The Road Not Taken

Le chemin que l’on ne prend pas

Deux chemins se séparaient dans un bois doré ;
Regrettant de ne pouvoir tous deux les emprunter,
Et d’être seul à voyager, je restais là
Et j’en suivis un aussi loin que possible du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, juste comme ça,
Offrant peut être l’avantage
D’une herbe qui demandait qu’on la foulât,
Et bien qu’en cet endroit, mon passage
Les eut vraiment laissés à leur semblable état,

Et les deux s’étiraient pareillement ce matin
Sous des feuilles qu’aucun pas n’avait noircies.
Ah, je gardais l’autre pour un jour prochain !
Mais sachant comment nous emmène un chemin,
Je doutais de jamais pouvoir revenir.

Je conterai ceci dans la paix,
Quelque part, d’ici quelque temps :
Deux chemins s’offraient à moi, et là,
J’ai suivi celui qu’on ne prenait pas,
Et j’ai compris toute la différence.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu reconnaitre l’autre chemin ?
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja.

03 septembre 2021

Cher journal, c’est encore l’été alors je danse encore et encore et encore… Je suis en transe et je compte bien y passer l’hiver. Mon corps encore chaud transpire l’effort, le bal n’en finit pas. Mes sens n’ont plus de frontière : j’entends les odeurs acres sur la piste, je vois les sons touffus et colorés, chatoyants, et je peux même toucher la lumière du jour qui point en crépuscule… J’ai l’impression d’être infatigable, je voudrais danser jusqu’à l’épuisement, mais c’est une vigoureuse endurance qui me cueille. Sous mes écailles, ma chair est vive, et mes humeurs sont pures. La folie s’ouvre à moi dans un sublime élan fantastique, je sombre dans mon extravagance, je ne suis plus que mouvement, une vivacité cosmique.

L’inédit de la semaine : Dog Eat Dog

September on fire…

Tiens, en voilà de la rentrée en musique ! Pour vous retrouver après ces quelques vidéos-friandises, nous avions envie de reprendre avec l’indispensable ♡ Fabe Beaurel Bambi ♡, histoire de vous faire chalouper tant que c’est encore l’été. C’est de nouveau Fela Anikulapo Kuti qui nous a inspiré cette version de Dog Eat Dog. Ca vous fera une belle playlist pour tenir au boulot, avec Les Amusemens de François Couperin, Comité Bantou des Bantous de la Capitale, HipK de Matthias Mahler, J.J.D. de Fela Anikulapo Kuti, The Tokyo Blues de Horace Silver et Lover Man de Jimi Hendrix. Alors c’est parti : branche l’ordi, les enceintes à fond, regarde ton boss droit dans la webcam et danse de tout ton corps en gardant la tête bien fixe ! Si tu coupes ton micro, ça passe tout seul, et si tu craques et que tu termines la webconf torse-poil, si ça se trouve y’a quand même une promo au bout… Merci qui ?

♡ Bienvenue à la nouvelle Tipeuse du blog (toutes les infos ici), qu’elle soit ici infiniment remerciée : Anja.

La dignité rebelle

Le zapatisme n’est pas la règle qui dit aux indigènes des autres pays ce qu’ils doivent faire. Nous partageons plutôt le même sentiment de marginalisation et d’exclusion. Ainsi que la volonté de résistance qui nous pousse à dire : nous ne voulons pas que le monde continue sans nous, nous ne voulons pas disparaître. Mais nous ne voulons pas non plus cesser d’être ce que nous sommes. C’est un processus d’affirmation de notre différence. La lutte des indigènes d’Amérique latine c’est la volonté d’affirmer : nous voulons faire partie de l’histoire nouvelle, de l’histoire du monde ; nous avons quelque chose à dire et nous ne sommes pas disposés à être ce que vous voulez que nous soyons. Nous ne voulons pas nous transformer en sujets dont la valeur sur l’échelle sociale serait déterminée par le pouvoir d’achat et le pouvoir de production.

Sous-commandant Marcos

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Souvenir d’un avenir radieux
Collage mural anonyme inédit, XXIème siècle
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja.