10 septembre 2021

Cher journal, immergée depuis l’Aube, je me laisse aller aux reflux et je danse du bout de mes tentacules feuillues. La nébulosité des profondeurs n’empêchant pas la course des rayons cosmiques, je m’éveille à une sensualité épidermique quand les photons caressent mes calices. Je suis ancrée dans mon existence et cela me pèse de plus en plus. Si je ne fais rien, combien de temps puis-je survivre ainsi ? En passant à l’action, combien de renoncements ? Embrasser la somme sacrifiée est un projet follement démesuré, mais c’est bien là, dans les zones d’ombres, que se cache l’emprunte de mes actions futures. Cette trajectoire inconnue, esquissée par la matière noire de mes renoncements, se révèle intensément passionnante.

L’inédit de la semaine : Vers Les Crinoïdes

Chacun sa route, chacun…

Cette semaine c’est Matthias qui mène la danse, avec une composition de rentrée rien que pour vous : Vers les crinoïdes. Titre programmatique, et pour atteindre les susdit crinoïdes, y’en a qui pensent qu’il faut passer par la mer, d’autres qui disent qu’on les trouve dans la montagne, du coup personne n’est d’accord et tout le monde se fâche… Une bonne matière tout de même pour remettre le trio au travail après des semaines de farniente sous un soleil de grêle. Alors bon, comment danser tout ça, on peut pas vous dire, va falloir faire preuve d’imagination un peu ! Et puis comme d’habitude, tu nous spam la boite mail avec tes agitations i-filmées, on les passera au ralenti en fond d’écran, ça nous fera notre semaine si tu t’en sors.

The Road Not Taken

Two roads diverged in a yellow wood,
And sorry I could not travel both,
And be one traveller, long I stood
And looked down one as far as I could
To where it bent in the undergrowth.

Then took the other, as just as fair,
And having perhaps the better claim,
Because it was grassy and wanted wear,
Though as for that the passing there
Had worn them really about the same,

And both that morning equally lay
In leaves no step had trodden black.
Oh, I kept the first for another day!
Yet knowing how way leads on to way,
I doubted if I should ever come back.

I shall be telling this with a sigh,
Somewhere ages and ages hence:
Two roads diverged in a wood, and I,
I took the one less travelled by,
And that has made all the difference.

Robert Frost, Mountain Interval

Bonus extra : Robert Frost lisant The Road Not Taken

Le chemin que l’on ne prend pas

Deux chemins se séparaient dans un bois doré ;
Regrettant de ne pouvoir tous deux les emprunter,
Et d’être seul à voyager, je restais là
Et j’en suivis un aussi loin que possible du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, juste comme ça,
Offrant peut être l’avantage
D’une herbe qui demandait qu’on la foulât,
Et bien qu’en cet endroit, mon passage
Les eut vraiment laissés à leur semblable état,

Et les deux s’étiraient pareillement ce matin
Sous des feuilles qu’aucun pas n’avait noircies.
Ah, je gardais l’autre pour un jour prochain !
Mais sachant comment nous emmène un chemin,
Je doutais de jamais pouvoir revenir.

Je conterai ceci dans la paix,
Quelque part, d’ici quelque temps :
Deux chemins s’offraient à moi, et là,
J’ai suivi celui qu’on ne prenait pas,
Et j’ai compris toute la différence.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu reconnaitre l’autre chemin ?
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja.

19 mars 2021

Cher journal, je vois des amies partout. Au cinéma, au restaurant, dans les musées, et même dans l’avion… C’est troublant toutes ces anonymes qui me sourient d’un regard complice et semblent me reconnaître, sans que je n’ai aucun souvenir d’elles. Il est bientôt deux heures du matin, je n’arrive toujours pas à dormir. Cela fait plusieurs mois que cette nuit sans fin me tient éveillée. Des flashs furtifs m’hypnotisent et je ne suis plus moi-même. Une autre demande à sourdre. J’ai parfois l’impression qu’elle prend le contrôle en mon absence, et je brûle de goûter celle qui émergera de cette effroyable mutation. Je suis sage, mais qui suis-je quand je rêve ? Qu’avons-nous à craindre de moi ? Et si la question n’était pas qui serai-je, mais combien suis-je ?

L’inédit de la semaine : Nocturne n°8

¿’ Furvent, ceux qui vont mûrir te saluent !

La citation est tirée du chef-d’œuvre La Horde du Contrevent, livre phénoménal d’Alain Damasio, qui nous accompagne depuis la création du trio il y a quinze ans déjà, choc littéraire dont les secousses nous remuent encore violemment aujourd’hui, et pour l’éternité. Il fallait bien cela pour accompagner notre Nocturne n°8, écho érotico-décadent au Nocturne n°2 du 22 janvier, concocté avec le si délicat Yan Pechin à la guitare électrique (de retour ici après notre Criminal World du 26 février), qu’il en soit ici encore infiniment remercié. C’est pas si simple à danser, mais tu as tellement de ressources qu’on a hâte de voir comment tu t’en sors. Hauts les cœurs et les genoux, on a toute la nuit devant nous !

XVI. Norska, à travers l’échancrure

π (…) Qu’importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu’importe ce qu’il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n’est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N’est pas l’emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d’un champ de neige ou au sommet d’un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N’est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m’en fiche ! Ce qui restera est une certaine qualité d’amitié, architecturée par l’estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu’on aura su s’offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci.

ALAIN DAMASIO, La Horde du Contrevent

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu trouver la différence entre ces deux photos ?
Bonus extra : Maya Angelou & Antonio Vivaldi

22 janvier 2021

Cher journal, je vais mieux. De la chronologie ni des faits je ne peux garantir l’exactitude, mais voilà ce que je crois savoir. A la tombée de la nuit, l’envie me prit de sortir. Dehors, les choses paraissaient mortes partout autour. Les ténèbres et le silence. Un lointain scintillement nocturne retint mon attention, j’approchais mais la lumière se dérobait. Je ne sais combien de temps je suis restée allongée mais soudain je m’éveillais au sol, la gorge brûlante et le cœur bouleversé. La lueur avait disparu, mais l’objet qui l’avait produite était entre mes mains, et cette présence m’apaisait. Je suis rentrée à reculons, et me suis endormie épuisée. Je dois ranger ma chambre.

L’inédit de la semaine : Nocturne n°2

Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire…

A peine rentrés de la résidence de travail sur notre prochain spectacle autour du Livre de la Jungle, avec Florent Hamon & Nicolas Gastard, nous pouvons déjà vous proposer une petite version boisée du What’cha wanna do ? de Georges Burns. C’est le blues de Mowgli, et c’est un peu le spleen d’un long soir d’hiver solitaire… Mais ça, ce sera le bonus ! Parce qu’avant, on vous propose notre Nocturne n°2, fait maison, à trois bouches à peine voilées. Alors ça se danse sûrement, tu peux essayer, mais on veut bien que tu nous fasses passer la vidéo ! Que veux-tu, on est curieux quand on a 15 ans… On sort les pointes, on branche l’aïe-faune et on envoie les cabrioles.
Tutu correct exigé.

L’inédit bonus de la semaine : What’cha wanna do ?

– What are we gonna do today ?

– I dunno. What’cha wanna do ?


– I’ve got it ! Let’s flap over to the east side of the jungle. They’ve always got a bit of action, a bit of a swingin’ scene, all right ?


– Aw, come off it. Things are right dead all over.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu trouver les 7 différences entre ces deux photos ?