18 juin 2021

Cher journal, j’étais chez moi quand, soudainement, j’étais dehors ! Entre les deux, un flou, comme une absence incertaine. Une partie de mon espace-temps domestique a disparu dans un abîme hellénique. Compter les jours exilés, tenir la chronique de ce temps absent, recenser les séquelles et leurs causes est si difficile… Aujourd’hui j’ai l’impression de renaître amputée d’un temps désaffecté, zombie sensible et clairvoyante, en quête de souvenirs confus, incapable de faire le récit de ma propre existence. Je suis pleine de ce manque, mais il va me falloir du temps pour digérer cela. En attendant je suis dehors et je danse, le ventre vide mais le cœur léger à nouveau, et ça me fait du bien.

L’inédit de la semaine : Mechanic Bird (Oiseau Mécano) : Orgy

Et de un qui font trois…

Après Matthias et ses subtiles Strates n°4, après Frédéric et son Prélude n°5 répondant au doux nom de Niark, voici le moment de clore cette série de solos, créés spécialement pour le blog, avec Sylvain et son Mechanic Bird (Oiseau Mécano) : Orgy sic ! Votre chef du jour vous propose au menu une salade de pistons pour ouvrir l’appétit, suivie d’une triplette d’embouchures en gelée accompagnées d’un petit verre d’huile millésimée, et sa spécialité sucrée-salée-beurrée-douce-amer : le millefeuille d’aciers variés aux copeaux de peaux. Pour éviter la nuit blanche digestive, il est fortement conseillé de danser. A un c’est bien, à deux c’est mieux, à trois c’est extra !

Les Malheureux
à Louise Read

La trompette a sonné. Des tombes entr’ouvertes
Les pâles habitants ont tout à coup frémi.

Ils se lèvent, laissant ces demeures désertes
Où dans l’ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelques morts cependant sont restés immobiles ;
Ils ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni l’ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne les arracheront.

« Quoi ! renaître ! revoir le ciel et la lumière,
Ces témoins d’un malheur qui n’est point oublié,
Eux qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont souri sans pitié !

Non, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !
Fille du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.
Et toi, sœur du Sommeil, toi qui nous as bercés,
Mort, ne nous livre pas ; contre ton sein fidèle
Tiens-nous bien embrassés.

(…)

Contre leur gré pourquoi ranimer nos poussières ?
Que t’en reviendra-t-il ? et que t’ont-elles fait ?
Tes dons mêmes, après tant d’horribles misères,
Ne sont plus un bienfait.

Au ! tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu l’entends, tu le vois ! la Souffrance a vaincu.
Dans un sommeil sans fin, ô puissance éternelle !
Laisse-nous oublier que nous avons vécu. »

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

(…) renaître ! revoir le ciel et la lumière (…)
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José.

11 juin 2021

Cher journal, la solitude est un éclat nocturne fertile, et l’exil intérieur une épreuve régénérante. J’entame ma deuxième semaine d’isolement. Loin des flux numériques, je sens une inépuisable abondance affleurer les rives de mon inconscience. Pour en sortir quelque chose, il me faut faire des efforts considérables afin de ne pas me faire submerger par l’intensité créative. Il est vertigineux de se confronter à notre puissance intime. Je me sens au bord d’un gouffre monstrueux, impitoyable dans son attractivité, illusoire mais complice, si difficile à révéler. T’écrire ainsi me demande tant d’efforts, t’écrire aussi me donne tellement d’énergie… Nier le temps, diluer les heures à l’essence de mon pouls, plonger dans mes abîmes psychiques, y trouver le silence et la mort, gratter la membrane stérile afin d’extraire la précieuse lumière, danser avec moi-même une valse insensée, et discrètement déposer à mes pieds le trésor intestin. Puis, Phénix et Narcisse, renaître à ma quête…

L’inédit de la semaine : Niark, prélude n°5

Au suivant !

Et c’est Frédéric qui prend le relais, le souffle généreux et les doigts agiles, face au vent mais bien vaillant ! Après les Strates n°4 de Matthias la semaine dernière, nous poursuivons l’exploration du trio en solos. Cette semaine, Frédéric vous a concocté une fricassée d’anches au beurre clarifié, quelques fritures de clés antirouillées, et vous servira tout cela sur un lit de drone aux huiles essentielles de flanger grillé. Merci chef Frédéric Gastard pour ce Niark, prélude n°5 gastronomique ! Si ça vous tente, on a un coulis de réverb d’ampli, ça passe très bien sur un clafoutis de chaîne hi-fi dénoyautée. Et puis c’est léger pour danser…

♡ Bienvenue aux nouvelles/aux Tipeuses/eurs du blog (toutes les infos ici), qu’iels soient ici infiniment remercié.e.s : Didier, Kali, Céline & José.

Harness lightning
for Jimi Hendrix

leaping dolphins off a rainbow bridge guitar plugged into a cosmic amp melting blue flames in his hands mud on the voice
delta poetry dripping from his guitar maps drawn with sticks in the electric mud sound moving skyward
at first the music was invisible to my ears i had never heard an electric prayer before never knew that guitars could open doors like saxophones
lifted mind from a prison of labels false walls that separate us defining things
that need no definition just is
screaming strings harmonize in high frequency bathe our ears in a field of sound bending light new connections
I searched Seattle
for the pillow
that held Jimi’s head
dream catching,
plucking love from the nest
of broken hearts
the borrowed weeping
of blues men
singing into empty bottles
of perfume
with their processed hair of crows
prayer and electricity in an awesome room mud and the spirit shaped into a man
black gypsy sweating paisley under stars dancing rainbows in the night

Kamau Daa’ood, The language of saxophones

Harnais de foudre

sauter des dauphins d’une guitare à pont arc-en-ciel branchée sur un ampli cosmique fondant des flammes bleues dans ses mains de la boue sur la voix
la poésie delta dégoulinant de sa guitare, des cartes dessinées avec des bâtons dans le son de boue électrique se déplaçant vers le ciel
au début la musique était invisible à mes oreilles je n’avais jamais entendu une prière électrique avant je n’ai jamais su que
les guitares pouvaient ouvrir des portes comme les saxophones
esprit levé d’une prison d’étiquettes faux murs qui nous séparent définissant les choses
qui n’a pas besoin de définition est juste
les cordes hurlantes s’harmonisent dans les hautes fréquences baignent nos oreilles dans un champ de sons légers de nouvelles connexions
J’ai cherché à Seattle
pour l’oreiller
qui tenait la tête de Jimi
attraper des rêves,
cueillir l’amour du nid
des cœurs brisés
les pleurs empruntés
des hommes de blues
chanter dans des bouteilles vides
de parfum
avec leurs poils de corbeaux transformés
la prière et l’électricité dans une pièce impressionnante de boue et l’esprit façonné en un homme
noir gitan suant du cachemire sous les étoiles dansant des arcs-en-ciel dans la nuit


Traduction internet à titre indicatif, si quelqu’un veut nous refaire ça bien on est preneur, pas facile de traduire de la poésie !

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

« leaping dolphins off a rainbow bridge (…) »
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José.

26 mars 2021

Cher journal, je fais parfois des cauchemars. Et au réveil, l’angoisse est toujours là, palpable, en dépit de l’aube prometteuse. La journée ne prend pas systématiquement le dessus, et quelquefois le cauchemar se prolonge en mode diurne. Aujourd’hui, danser m’était impossible sans une volonté immense. Pas le temps de méditer ni de m’étirer. Et retrouver le chemin du soleil fut un long labeur, à peine terminé à l’heure du sommeil. Qui me visitera cette nuit ? De quelles couleurs songerai-je ? J’avale un arc-en-ciel et je me glisse dans les ténèbres…

L’inédit de la semaine : Jungle Book Introduction vs Sections PB

Ouverture intérieure.

Et hop, on clôt le mois de mars avec le retour du Livre de la Jungle, projet toujours en gestation et tout en gesticulations, avec Florent Hamon et Nicolas Gastard. Aujourd’hui, voici l’introduction du spectacle, hybride de la musique de Georges Burns et de dérangements personnels, avec Nicolas Gastard aux percussions. Pour nous aider à danser dessus, on se fait plaisir avec la poésie cosmique de Babouillec, autrice autiste au sens de la formule qui nous touche particulièrement. Alors on pose bicyclettes et mobylettes, si tu danses c’est qu’t’es vivante !

Je, ou Autopsie du vivant

Je suis une enfant du ventre de ce monde où la poésie s’enterre vivante asphyxiée par l’hégémonie culturelle.

Je suis une enfant de ce sentier du monde en équilibre au-dessus des ravins ligotés entre le plein et le vide.

Je suis une enfant du ravin de ce monde ployé sous les sentiers en déséquilibre entre le vide et le plein.

Je suis une enfant en errance dans ce monde peuplé de certitudes soumis à la servitude.

(…)

Que du baratin, je me planque entre les lignes.
Ode bruyante, mixage éclaté, tête par-dessus bord,
Je suis autiste.

BABOUILLEC, Algorithme éponyme et autres textes

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

19 mars 2021

Cher journal, je vois des amies partout. Au cinéma, au restaurant, dans les musées, et même dans l’avion… C’est troublant toutes ces anonymes qui me sourient d’un regard complice et semblent me reconnaître, sans que je n’ai aucun souvenir d’elles. Il est bientôt deux heures du matin, je n’arrive toujours pas à dormir. Cela fait plusieurs mois que cette nuit sans fin me tient éveillée. Des flashs furtifs m’hypnotisent et je ne suis plus moi-même. Une autre demande à sourdre. J’ai parfois l’impression qu’elle prend le contrôle en mon absence, et je brûle de goûter celle qui émergera de cette effroyable mutation. Je suis sage, mais qui suis-je quand je rêve ? Qu’avons-nous à craindre de moi ? Et si la question n’était pas qui serai-je, mais combien suis-je ?

L’inédit de la semaine : Nocturne n°8

¿’ Furvent, ceux qui vont mûrir te saluent !

La citation est tirée du chef-d’œuvre La Horde du Contrevent, livre phénoménal d’Alain Damasio, qui nous accompagne depuis la création du trio il y a quinze ans déjà, choc littéraire dont les secousses nous remuent encore violemment aujourd’hui, et pour l’éternité. Il fallait bien cela pour accompagner notre Nocturne n°8, écho érotico-décadent au Nocturne n°2 du 22 janvier, concocté avec le si délicat Yan Pechin à la guitare électrique (de retour ici après notre Criminal World du 26 février), qu’il en soit ici encore infiniment remercié. C’est pas si simple à danser, mais tu as tellement de ressources qu’on a hâte de voir comment tu t’en sors. Hauts les cœurs et les genoux, on a toute la nuit devant nous !

XVI. Norska, à travers l’échancrure

π (…) Qu’importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu’importe ce qu’il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n’est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N’est pas l’emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d’un champ de neige ou au sommet d’un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N’est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m’en fiche ! Ce qui restera est une certaine qualité d’amitié, architecturée par l’estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu’on aura su s’offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci.

ALAIN DAMASIO, La Horde du Contrevent

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu trouver la différence entre ces deux photos ?
Bonus extra : Maya Angelou & Antonio Vivaldi

22 janvier 2021

Cher journal, je vais mieux. De la chronologie ni des faits je ne peux garantir l’exactitude, mais voilà ce que je crois savoir. A la tombée de la nuit, l’envie me prit de sortir. Dehors, les choses paraissaient mortes partout autour. Les ténèbres et le silence. Un lointain scintillement nocturne retint mon attention, j’approchais mais la lumière se dérobait. Je ne sais combien de temps je suis restée allongée mais soudain je m’éveillais au sol, la gorge brûlante et le cœur bouleversé. La lueur avait disparu, mais l’objet qui l’avait produite était entre mes mains, et cette présence m’apaisait. Je suis rentrée à reculons, et me suis endormie épuisée. Je dois ranger ma chambre.

L’inédit de la semaine : Nocturne n°2

Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire…

A peine rentrés de la résidence de travail sur notre prochain spectacle autour du Livre de la Jungle, avec Florent Hamon & Nicolas Gastard, nous pouvons déjà vous proposer une petite version boisée du What’cha wanna do ? de Georges Burns. C’est le blues de Mowgli, et c’est un peu le spleen d’un long soir d’hiver solitaire… Mais ça, ce sera le bonus ! Parce qu’avant, on vous propose notre Nocturne n°2, fait maison, à trois bouches à peine voilées. Alors ça se danse sûrement, tu peux essayer, mais on veut bien que tu nous fasses passer la vidéo ! Que veux-tu, on est curieux quand on a 15 ans… On sort les pointes, on branche l’aïe-faune et on envoie les cabrioles.
Tutu correct exigé.

L’inédit bonus de la semaine : What’cha wanna do ?

– What are we gonna do today ?

– I dunno. What’cha wanna do ?


– I’ve got it ! Let’s flap over to the east side of the jungle. They’ve always got a bit of action, a bit of a swingin’ scene, all right ?


– Aw, come off it. Things are right dead all over.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu trouver les 7 différences entre ces deux photos ?

15 janvier 2021

Cher journal, hier je voulais faire la fête mais je me suis levée toute triste. Alors j’ai feuilleté un vieil album photo. Nostalgie de revoir ces visages du passé raconter leurs vies heureuses. J’ai eu envie de revoir le Livre de la Jungle, mais comme aucun cinéma ne le joue je vais le regarder sous la couette en buvant un chocolat brûlant. Et des spéculoos ? Je crois bien que je vais hiberner un peu. Demain j’essaie le moonwalk.

L’inédit de la semaine : Trust In Me

Ayons confiance…

Cette semaine nous sommes en résidence avec Florent Hamon & Nicolas Gastard pour préparer notre prochain spectacle, un dérangement de la musique des frères Sherman et de Georges Burns, pour une version ballet toute personnelle du Livre de la Jungle. En attendant de voir ça en chair transpirante et en os à moelle, voici une version sans claquette ni parapluies de Trust In Me. Un tigre à chevaucher, un serpent hypnotisant, des vautours lugubres : beaucoup d’épreuves pour un petit d’homme perdu au milieu des singes. Restent des bananes, toujours des bananes…

Sleep into silent slumber
Sail on a silver mist
Slowly and surely your senses
Will cease to resist

Trust in me, just in me
Shut your eyes and trust in me

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Tchutty cherchant à hypnotiser Matthias.