26 novembre 2021

Cher journal, propulsée à travers l’espace-temps, voyageant à une vitesse supraluminique, c’est depuis ma douche que je me télétransporte ce soir, quasi instantanément, au cœur d’une galaxie de plaisirs subtilement raffinés. Aussi bref soit-il, le voyage est toujours source d’émerveillement, promesse sans cesse renouvelée de la découverte de nouveaux territoires merveilleux. A la lumière des astres les plus lointains, parfois je tombe sur un astéroïde, micro-monde dont la morne exploration est bien vite achevée. Plus souvent, j’ai le bonheur de visiter quelque lune aux cratères chaotiques et aux terres stériles, où la passion n’a de place qu’au regard d’un crépuscule fulgurant. La chance me sourit quand c’est un monde fertile qui m’accueille, une planète aqueuse et argileuse, alors je profite de l’exploration, prenant le temps de rencontrer la flore, de goûter la végétation, de faire corps avec les biotopes et d’épouser la faune majestueuse, splendide et monstrueuse. Vive les voyages !

L’inédit de la semaine : Planète Zglarb

Le réveil du Z.

Nous restons en trio cette semaine encore, mais, après une tournée rythmée des bars swagy et autres clubs à chicha, nous décollons aujourd’hui en direction de la Planète Zglarb. Écrite à six mains par Frédéric, Matthias et Sylvain, cette valse un peu aventurière et assurément exploratrice se danse très facilement en apesanteur. Montez à bord de l’USS Intimate Diary 2000, c’est le voyage qui compte, pas la destination. La propulsion toute en souplesse se fera au souffle des cuivres & bois, nous profiterons de l’attraction lunaire pour atteindre notre rythme de croisière. Accrochez vos oreilles au pinceau, le voyage risque de secouer quand on va traverser la ceinture des stéroïdes…

Première partie8

Il faut bien leur laisser leurs jeux absurdes, ils n’ont que cela, après tout. Chacun est masqué ? La belle affaire. Ils le sont tous depuis longtemps. Des masques derrière des masques derrière des masques. Une apothéose du mensonge. Le thème de cette fête est plutôt une très bonne idée. Mieux encore : c’est la vérité. C’est ce qu’ont toujours été les Cités. Déguisées en “Postes de contrôle” et en “Abris temporaires” alors que leurs concepteurs savaient bien qu’il n’y aurait plus rien à contrôler à la Surface et que le temporaire serait définitif. Déguisées en “villes”, ensuite, avec faux parcs, faux ciel, fausses pluies, fausses élections démocratiques et véritable servitude pour les centaines de citoyens quelconques qui s’y étaient réfugiés à la toute fin, grâce à une soudaine arrière-pensée des propriétaires légitimes, les dirigeants politiques, militaires, scientifiques, et les quelques milliardaires qui avaient acheté leur place au prix fort. Et par-dessus tout, le mensonge de l’immortalité qui n’en était pas vraiment une, et la farce égalitaire de la loterie qui choisissait les immortels, alors que c’étaient les caprices du pouvoir qui décidaient des élus.

Elisabeth Vonarburg, Le Silence de la cité

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Triple escape from Planet Z.
Gif anonyme inédit, XXXIème siècle
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine, Nathalie & Fabien, Sufei.

19 novembre 2021

Cher journal, quand la douceur automnale s’éloigne dans une brume opaque et vaporeuse, quand le jour cède prématurément son après-midi à l’obscurité teintée de la nacre sélénite, quand les vitrines scintillent au rythme du ballet anarchique des automobiles frémissantes, je ressens l’appel impérieux de la fête. Mais la fatigue est là aussi, elle prend ses quartiers, cherche à s’imposer. Ne pas se laisser envahir. Bouger, faire circuler l’énergie, rester tonique, alerte et vive, vivante. Danser, encore, vigoureusement, encore, généreusement, encore. Danser, toujours.

L’inédit de la semaine : Swaag At Club

Chante, danse et mets tes baskets…

Retour en trio pour une danse sauce chutney-menthe, so british, avec ce qu’il faut d’épices penjabies : voici Swaag At Club qui vous souhaite la bienvenue à l’anglaise, en Hindi. Vestiges d’un travail préparatoire, il s’agit d’une sorte de préquel à Chicha Club, peut-être arriverez-vous à reconnaître les connexions, nous on trouve que c’est tout pareil, en différent… Sur une idée originale de Matthias, une proposition de montage de Sylvain, le tout mixé-bouncé par Frédéric, un vrai travail collectif ! Cravate sous le gilet, veste à carreau, kilt et rien dessous, te voilà d’attaque pour la séance PC (personal clubbing) du vendredi. Swaaaaaag !

Ce que je pense de la danse

Je place aussi, dans mon école, des formes de jeunes filles dansant, courant, sautant ; ces jeunes filles de Sparte qui, dans les gymnases étaient entrainées aux durs exercices, afin qu’elles puissent devenir les mères de guerriers héroïques ; ces légères coureuses qui prenaient part aux jeux annuels, exquises images de terre cuite, aux voiles volants, aux vêtements flottants ; jeunes filles dansant la main dans la main, aux Panathénées. Elles représentent le but futur à atteindre ; et les élèves de l’école, apprenant à ressentir un intime amour de ces formes, s’efforcent chaque jour à leur ressembler, s’imprègnent chaque jour un peu plus du secret de cette harmonie ; car je crois que c’est seulement en éveillant la ferme volonté, de la beauté, qu’on peut obtenir la beauté.

Isadora Duncan

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Dames en bleu
Fresque anonyme, XVème siècle av. J.-C.
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12 novembre 2021

Cher journal, je t’écris bien tard car je suis retournée au concert aujourd’hui et c’était formidable ! L’impression d’être vivante, enfin. L’attente était longue, la libération fut intense. J’ai pu danser follement désinhibée, totalement libérée, emportée par la vibration. Je sentais dans l’air l’électricité invisible, cette énergie sombre qui emplissait la salle et qui unit les musiciennes au public. La puissance mystique des timbres directement perçue par mes oreilles, sans intermédiaire numérique, sans interface autre que mon corps : quel choc ! Je suis entrée en transe, me suis perdue dans l’immensité sensorielle, ai voyagé entre les cordes infimes qui pulsent en modelant l’infini. Je me souviens à peine de la fin du concert tellement j’étais une rêveuse illuminée, comme aspirée entièrement dans le grand bruit blanc. Banzai, j’y retourne demain !

La vidéo inédite de la semaine : Wa Mambu Live

Hé, Marcelloooo !

Quel bonheur de vous revoir en chair, en os et en écorces ! Et de vous voir danser comme ça, quel plaisir !!! Du coup on ne résiste pas à la tentation de partager un tout petit bout de notre concert de mardi dernier à La Dynamo de Banlieues Bleues. Des partenaires fidèles et précieux, immense merci à toute l’équipe de La Dynamo. Aujourd’hui nous vous faisons entendre et voir l’introduction de la soirée, le morceau Wa Mambu composé avec l’indispensable Fabe Beaurel Bambi. On a changé une mesure par rapport à la version studio postée ici il y a quelques semaine, sauras-tu la retrouver ? Pour voir la suite ce sera sur place, la prochaine fois, et dire que l’on a hâte d’y être, au prochain concert, c’est un énorme euphémisme :))

Speaking Tree

I had a beautiful dream I was dancing with a tree.
—Sandra Cisneros


Some things on this earth are unspeakable:
Genealogy of the broken—
A shy wind threading leaves after a massacre,
Or the smell of coffee and no one there—

Some humans say trees are not sentient beings,
But they do not understand poetry—

Nor can they hear the singing of trees when they are fed by
Wind, or water music—
Or hear their cries of anguish when they are broken and bereft—

Now I am a woman longing to be a tree, planted in a moist, dark earth
Between sunrise and sunset—

I cannot walk through all realms—
I carry a yearning I cannot bear alone in the dark—

What shall I do with all this heartache?

The deepest-rooted dream of a tree is to walk
Even just a little ways, from the place next to the doorway—
To the edge of the river of life, and drink—

I have heard trees talking, long after the sun has gone down:

Imagine what would it be like to dance close together
In this land of water and knowledge. . .
To drink deep what is undrinkable.


Joy Harjo, Conflict Resolution for Holy Beings

L’arbre qui parle

J’ai fait un beau rêve où je dansais avec un arbre
—Sandra Cisneros


Sur cette terre certaines choses sont indicibles
La généalogie des cassures
Un vent timide qui soulève les feuilles après un massacre
Ou le parfum du café alors qu’il n’y a personne en vue


Certains humains disent que les arbres ne sont pas des êtres sensibles
Mais ils ne comprennent pas la poésie


Ils n’entendent pas davantage la chanson des arbres quand ils sont nourris par

La musique du vent ou de l’eau
Pas plus que leurs cris d’angoisse quand ils sont cassés ou dépossédés

Aujourd’hui, je suis une femme qui aspire à être un arbre, planté dans une terre humide et sombre
Entre l’aube et le crépuscule


Je ne peux traverser tous les règnes
Je porte seule dans le noir une aspiration trop lourde pour moi


Que dois-je faire de tant de chagrin ?


Le rêve le plus profondément enraciné de l’arbre est de marcher
Faire juste un peu de chemin, aller de la proximité de la porte
Jusqu’au bord de la rivière de la vie et d’y boire


J’ai entendu des arbres parler, longtemps après le coucher du soleil :


Imagine ce que serait danser tout près l’un de l’autre
À même ce pays d’eau et de savoir…
Boire à grands traits l’imbuvable
.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Beaurel, Frédéric, Sylvain, Matthias, La Dynamo & le plaisir.
Photo de David Lantran, mille mercis pour ces clichés !
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine, Nathalie & Fabien, Sufei.

05 novembre 2021

Cher journal, ce matin encore je fus prise d’un intense et irrépressible désir de danser. Cette fois-ci la crise était plus violente. Je sentais bien que rien ne me calmerait, qu’il faudrait finalement céder à cette pulsion souveraine. Sortant du lit, mes pieds glissants sur le sol glacé commençaient déjà à frémir, et, m’approchant de la platine vinyle, ce sont mes genoux qui se mirent à trembler. La fièvre montait, je devais me hâter. Je me mis à fouiller fébrilement dans la pile de disques. Promesses grand format de plaisirs intenses, les larges pochettes défilaient à grande vitesse : il fallait faire un choix et le faire vite. Mon ventre se convulsait sous les saillies de mon cœur en pleine montée d’adrénaline. Mes épaules tressaillaient à leur tour, quand un disque s’imposa à mes rétines. Aucun doute, enchaîner, agir vite, sortir la galette de son fourreau, la déposer hâtivement mais délicatement sur la feutrine. La courroie se met en marche, le bras mécanique s’élève au ralenti, effectue sa rotation précise avant de plonger dans le microsillon, crépitements, derniers instants de silence, attente fébrile interminablement courte, le corps impossible à contenir, convulsions, effervescence, ivresse… Puis, soudain, le son… Déflagration émotionnelle… La vibration envahit tout l’espace, j’entre dans une nouvelle dimension. Je lâche prise, le corps s’exprime, soulage l’esprit, la liberté est totale, le bonheur intense. Je viens de gagner dix points de vie !

L’inédit de la semaine : SogoogoS

In girum imus nocte ecce et consumimur igni

« Matthias à la composition + Beaurel aux percussions = épidémie de danse garantie ! » C’est l’équation qu’on a choisie pour cette semaine, marquée par deux concerts avec ce nouveau quartet : dimanche 07 novembre à Latour-De-France (66) et mardi 09 novembre à la Dynamo de Banlieues Bleues (93) (cliquez sur les liens pour plus d’infos). On y jouera tous les morceaux inédits que vous avez pu entendre ici ou là, dont ce SogoogoS écrit par Matthias. C’est pas que tu veuilles danser, c’est que t’as pas le choix, ton corps réclame sa dose, faut qu’tu remues tout ça, et le Docteur est là pour toi. Prescription sur ordonnance : un vol direct pour le septième groove. Dernier rappel pour les passagers des concerts Journal Intime & ♡ Fabe Beaurel Bambi, embarquement immédiat, réservations conseillées, décollage imminent. Tu montes ?

12

Sous son minuscule galure ridicule et roi en la fournaise où il n’a plus une goutte de sa bière pour se désaltérer, un doute environne le brasseur Ammeister et la peur circule autour de lui, mais il ordonne quand même à son troisième adjoint, portant le grand sceau officiel et le titre de secretarius :
— Promulguez un arrêté interdisant formellement de danser à l’extérieur jusqu’au 29 septembre, date de la Saint-Michel. Ajoutez aussi : « sous peine d’amende de deux florins ». Ce n’est pas que je veux faire l’évêque mais ça fera toujours rentrer un peu de sous dans les caisses.
— Ammeister, la quasi-totalité des Strasbourgeois n’ont plus d’argent.
— Ah oui, c’est vrai. Alors menacez-les de prison où ils seront réduits au pain sec.
— Du pain sec ? Ils en rêvent ! Nous ne pourrons pas tous les encager. On manquera de place.
— En ce qui concerne la musique, change de sujet Drachenfels, même siffler le long des rues sera banni. Des détachements de cavalerie légère chargeront les musiciens.
— Nous n’avons plus de chevaux à l’intérieur de nos remparts, Ammeister. Nos cavaliers, n’ayant pas toucher leur solde depuis janvier, les ont mangés.

Jean Teulé, Entrez dans la danse

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Sylvain, Beaurel, Frédéric & Matthias saiht tam & ciré dér fleru a ebni avlys.
N’est palindrome qui veut – cqfdfqc
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29 octobre 2021

Cher journal, et si le personnage héroïque c’était moi ? Si ma quête n’était noble et exotique seulement d’un tiers point de vue, au regard d’une personne différente, cela ferait-il de moi un objet de fiction ? Quand je me raconte à toi, qui suis-Je ? Peu importe sûrement la nature de mon être, réel ou fictif, ce sera toujours l’Autre qui me donnera vie. Si c’est l’altérité qui nous défini, il reste le champ de l’action à investir. Je suis l’artisane de mes actes, c’est à moi d’y mettre passion et sensations. Même un auteur doit se plier à la volonté de son personnage. Ainsi, avec enthousiasme et détermination, je peux être qui je veux, Gorgone ou Sappho, Sirène héritière d’Aspasi, déraisonnablement libre, joyeusement affranchie, une empoisonneuse, une guérisseuse, une Sorcière… Bouh !

L’inédit de la semaine : Witch Spleen

Fugere possum

Des bonbons ou un sort ? On a choisi les deux, et c’est Fabe « Trick-and-treat » Beaurel Bambi qui nous est apparu , tel une offrande infernale. Alors on a dressé un gigantesque bucher d’amour et composé à quatre âmes damnées ce Witch Spleen pour toi, veinarde ! Tu vas pouvoir danser sauvagement libre devant ton ordinateur de poche en attendant le grand Sabbat qui nous réunira mardi 09 novembre à la Dynamo de Banlieues Bleues. Alors viens avec tes copaines, déguisée ou pas, en sorcière ou banquière, avec ton bouc, ta chouette ou ton chat noir, en balai ou sous forme de chauve-souris, mais viens. On te prépare un rite initiatique et furieusement percussif dans ce temple du jazz libre, sur l’autel groove c’est tes arpions qu’on va sacrifier…

♡ Bienvenue à la nouvelle Tipeuse du blog (toutes les infos ici), qu’elle soit ici infiniment remerciée : Sufei.

Les héritières

Pendant la récréation, à l’école primaire, mes camarades et moi traquions [la sorcière] qui avait élu domicile derrière les buissons de la cour, obligés de nous en remettre à nous-mêmes face au flegme incompréhensible du corps enseignant. La menace flirtait avec la promesse. On sentait soudain que tout était possible, et peut-être aussi que la joliesse inoffensive, la gentillesse gazouillante n’étaient pas le seul destin féminin envisageable. Sans ce vertige, l’enfance aurait manqué de saveur. Mais, avec Floppy Le Redoux, la sorcière est définitivement devenue pour moi une figure positive. Elle était celle qui avait le dernier mot, qui faisait mordre la poussière aux personnages malfaisants. Elle offrait la jouissance de la revanche sur un adversaire qui vous avait sous-estimée (…)
À travers elle m’est venue l’idée qu’être une femme pouvait signifier un pouvoir supplémentaire, alors que jusque-là une impression diffuse me suggérait que c’était plutôt le contraire. Depuis, où que je le rencontre, le mot « sorcière » aimante mon attention, comme s’il annonçait toujours une force qui pouvait être mienne. Quelque chose autour de lui grouille d’énergie. Il renvoie à un savoir au ras du sol, à une force vitale, à une expérience accumulée que le savoir officiel méprise ou réprime. J’aime aussi l’idée d’un art que l’on perfectionne sans relâche tout au long de sa vie, auquel on se consacre et qui protège de tout, ou presque, ne serait-ce que par la passion que l’on y met. La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie.

Mona Cholet, Sorcières

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Rapide 2000 : fabrique toi-même ta lanterne en citrouille
Tuto anonyme inédit, XXIème siècle
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22 octobre 2021

Cher journal, j’aurais tant voulu te raconter une histoire. Avec des personnages héroïques, une quête noble et exotique, des rebondissements ahurissants, de l’errance, de la passion, de la résilience, et à la fin une révélation sensationnelle qui, telle un uppercut, laisserait hébété plusieurs jours durant et marqué pour des années. Que tout ce parcours déclenche une prise de conscience des principaux protagonistes, qu’ils soient métamorphosés par leur Odyssée, et que l’identification soit totale. Ça aurait été chouette non ? Au lieu d’écrire j’ai lu. Pas d’histoire homérique, pas de tribulations ni d’illumination fulgurante, mais du sens, une lucidité qui afflue dans mes veines, qui modifie mon ADN en profondeur, qui m’irrigue d’un discernement chronique. Et j’ai encore soif.

L’inédit de la semaine : Bloody Analyse

If it bleeds…

On vous avait prévenu, il est toujours là l’indispensable Fabe Beaurel Bambi, aujourd’hui sur une composition de Frédéric, Bloody Analyse, issue du répertoire de Marlboro Bled, un autre trio rigolo ! Encore un titre du nouveau répertoire qui sera joué le mardi 09 novembre à la Dynamo de Banlieues Bleues, à Pantin (93). C’est pas le tout de réserver tes places, faudrait aussi prévenir tes copaines que ça va gigoter percussif ! Et dis-leur de venir en baskets souples et chaussettes transpirantes, il s’agit pas vraiment de rester assis au fond, peinard, à fermer les yeux et hocher la tête. On veut te voir vivre un peu debout, en gesticulations-génuflexions, toute folie sortie et le cœur en sueur, ça nous manque, tu nous manques…

Salut les filles

Comment explique-t-on qu’en trente ans aucun homme n’a produit le moindre texte novateur concernant la masculinité ? Eux qui sont si bavards et si compétents quand il s’agit de pérorer sur les femmes, pourquoi ce silence sur ce qui les concerne ? Car on sait que plus ils parlent, moins ils disent. De l’essentiel, de ce qu’ils ont vraiment en tête. Ils veulent qu’on parle d’eux, à notre tour, peut-être ?
(…)
Les hommes aiment les hommes. Ils nous expliquent tout le temps combien ils aiment les femmes, mais on sait toutes qu’ils nous bobardent. Ils s’aiment, entre eux. Ils se baisent à travers les femmes, beaucoup d’entre eux pensent déjà aux potes quand ils sont dans une chatte. Ils se regardent au cinéma, se donnent de beaux rôles, ils se trouvent puissants, fanfaronnent, n’en reviennent pas d’être aussi forts, beaux et courageux. Ils écrivent les uns pour les autres, ils se congratulent, ils se soutiennent. Ils ont raison. Mais à force de les entendre se plaindre que les femmes ne baisent pas assez, n’aiment pas le sexe comme il faudrait, ne comprennent jamais rien, on ne peut s’empêcher de se demander : qu’est-ce qu’ils attendent pour s’enculer? Allez-y. Si ça peut vous rendre plus souriants, c’est que c’est bien.

Virginie Despentes, King Kong Théorie

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Bloody Heaven
Gif anonyme inédit, XXIème siècle
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15 octobre 2021

Cher journal, depuis quelques jours je suis endiguée en béatitude. Engourdie dans mon euphorie, je ne suis plus perméable aux autres. Cet état m’isole, sans pour autant me paralyser. Rien ne me dérange, tout me va, je ne suis pas indifférente mais la légèreté qui me porte m’éloigne de la pesanteur ambiante. Je ris seule, de rien, de tout, de moi, de mon rire. C’est plutôt agréable, mais si fatiguant ! Pour retrouver ma lucidité j’ai besoin d’un exorcisme, d’un désenvoûtement (et assurément d’un peu de repos). Afin de conjurer mon sort, le docteur Hyks m’a recommandé de compter sur mon appétence musicale et sur le pouvoir thérapeutique du son. Il m’a prescrit une playlist qui devrait me rendre au monde des vivants. Je commence le traitement tout de suite...

L’inédit de la semaine : Wa Mumba

Écoute les choses !

La révélation du blog, aux côtés de nos précieuses.eux invité.e.s, ♡♡♡ l’étourdissante Raphaëlle  »L » Lanadère, les magnifiques Marylou Abdelghani & McG, l’extraordinaire Yann Péchin ♡♡♡, c’est bien sûr l’indispensable Fabe Beaurel Bambi ! Il est de retour avec une composition collective sur un texte personnel : Wa Mumba. Beaurel va squatter le blog quelques semaines encore, nous sommes en train de vous concocter une proposition discographique en quartet, et vous pourrez nous écouter tout bientôt en concert, youpi ! Rendez-vous le mardi 09 novembre à la Dynamo de Banlieues Bleues, à Pantin (93), toutes les infos ici. Ça va groover, transpirer, fatiguer les jambes, il y aura du rire et des larmes, ça va saigner sous les pieds. Et toi tu vas rester chez toi, sur ton canapé ? Je n’crois pas, non…

Wa Mumba

Ilé yalé lalé oh oh
Yalé lulu tu tsé tadi oh
Ni na lela komité na ko
Ki na yeulé bu sé
Kani késaka

Kanda dwa boni tella mio
Kanda dwa boni tella mio

Wené mana osé
Oh yele lala ina baladosé

Kwiza vumbuka kwiza wa mambu yeyi
Mambu yeyi beto ké wa kutuba samu wa beno
Ba npangui béno kuwa mambu

Kwiza kuwa marcelo
Kinilé ka kuenda kata tuka mama

Ah wé ngué kuwa mambu belo
Ké wa ku zonza samy na ngué
Ngué na kuwa vé
Eh mama

Marcelo

Ah mé ngué kuiza kuwa mambu eh eh

Tia wiri samu
Tia wiri samu
Tia wiri samu

Fabe Beaurel Bambi

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

« Ni na lela komité »
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08 octobre 2021

Cher journal, ça faisait une semaine que je cherchais un passage vers la lumière. J’ai finalement trouvé un tout petit chemin, à peine un boyau accidenté, froid et ténébreux, mais porteur d’une infime luminosité, une brillance à peine perceptible. La traversée m’a paru durer une éternité, une épreuve pénible de la désolation. Impression subite de désintégration. Mon palpitant s’est emballé, spasmes et nausées, je blêmis, pupilles dilatées. Je me sentais terriblement lourde et engourdie quand, soudain… Atteignant la frontière illuminée du corridor, je m’envolais pour flotter dans un jaillissement d’intenses coloris. La nuance des pigments changeait si rapidement que je restais longtemps confuse, à regarder les sons s’agiter autour de moi, à entendre le brouhaha harmonieux des couleurs. Prenant conscience de l’irréalité de la scène, je m’habituais petit à petit aux inflexions incessantes qui déformaient tout autour de moi. J’ai fini par atteindre un apaisement total, une lucidité inédite, l’esprit ouvert sur un nouveau seuil. Je nage paisiblement en sa direction. J’ouvre la porte.

L’inédit de la semaine : Chicha Club

Chicha goût acide lysergique

Aujourd’hui c’est le retour de Matthias à la composition, avec un Chicha Club qui se trouve à l’angle de la Chronique Akashique, fragment n°7, à gauche quand vous allez Vers Les Crinoïdes, vous trouverez facilement, près de la petite place avec les arbres… Le Chicha Club ? Ouvert 24/24, 7/7, comme les Urgences de Montfermeil, tout pareil, sauf que là on y danse à toute heure et qu’on ne vous fera pas attendre jusqu’à 5h du matin pour vous trouver un lit : y en a pas ! Tu te bouges ou tu bouges, la devise du club, c’est radical, c’est brut, ça pique parfois, mais on a l’impression que c’est ce dont tu as besoin en ce moment, du groove chirurgical. Alors on va enfiler nos blouses blanches et nos gants latex, tu te détends, relax, on va bien s’occuper de ton cas.

La corbeille de fruits

22.

Ce matin d’automne est excédé de lumière, et si tes chants se font capricieux et las, donne-moi ta flûte un instant.

Je jouerai avec elle suivant ma fantaisie – tantôt sur mes genoux, tantôt à mes lèvres, tantôt posée sur l’herbe à mes côtés.

Mais dans le silence solennel du soir je cueillerai des fleurs pour l’en couvrir avec des couronnes, je la remplirai de parfums ; avec une lampe allumée, je lui rendrai mon culte.
Puis la nuit je reviendrai vers toi et te la rendrai.
Et tu joueras sur elle la musique de minuit, quand le solitaire croissant de lune erre parmi les étoiles.

(…)

83.

Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie
comme une eau courante.
Les fleurs s’épanouiront dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon cœur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte.

Rabindranath Tagore
Traduction Hélène Du Pasquier

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Animal
Rabindranath Tagore, vers 1930
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine, Nathalie & Fabien.

1er octobre 2021

Cher journal, d’un souffle.. émotions contradictoires.. d’un souffle.. naissance, néant.. implosion, expulsion.. pour la transe : inspirer, expier.. deux souffles.. .. en cas d’alarme, tirer sur les poumons, étirer les alvéoles, d’un souffle faire vibrer les cordes, d’un son accéder à l’Éther.. créer le cosmos dans la vibration d’un souffle, l’abandonner.. avec ses regrets.. revenir à la surface, au milieu de l’écume.. quitter la mélancolie, bannir la peine, soigner l’amertume.. d’un souffle rejoindre la pulsation.. d’un souffle.. d’un souffle..

L’inédit de la semaine : Chronique Akashique, fragment n°7

Transbreath-Express

Après la Pianoless Failure et le Noctambularium Tremens, on continue d’explorer l’imaginaire du trio avec aujourd’hui une Chronique Akashique, fragment n°7. Avec Frédéric aux ciseaux, c’est presque un Drumless Noctambularium, mais en différent, surtout au niveau des formes et des couleurs. Là, si tu demandes comment ça se danse, on t’inscrit illico aux championnats du monde de la mauvaise foi : vues tes chorés-vidéos-mythos que tu nous envoies sur les autres titres, aujourd’hui c’est l’autoroute du groove pour ton dance-fleur. Accroche ta ceinture connectée, règle tes rétroviseurs sur onze, préviens tes voisins sourds, les Draft Plunks sont déjà de retour, et ils ont faim de transe !

♡ Bienvenue aux nouvelles/aux Tipeuses/eurs du blog (toutes les infos ici), qu’iels soient ici infiniment remercié.e.s : Nathalie & Fabien.

Underland : A Deep Time Journey

(…)
Sous le frêne se déploie un labyrinthe.

S’enfoncer à travers les racines, à travers un passage de pierre lisse qui plonge dans les profondeurs. Les couleurs s’estompent et bientôt ne subsistent que des gris, des bruns, des noirs. Un courant d’air glacé remonte le passage. Au-dessus, de la roche solide – de la matière pure. Le monde d’en haut devient presque impensable.

Emprunter ce passage. Le labyrinthe se fait plus complexe. Des boyaux latéraux mènent à d’autres tunnels. On peine à se diriger. Quelque chose d’étrange affecte l’espace, et la temporalité aussi. Le temps du sous-sol n’est pas le temps de la surface. Ici il s’épaissit, s’agglutine, tourbillonne, se presse et ralentit.

Le passage bifurque une fois, puis deux, il rétrécit – et s’ouvre sur une salle aux proportions inattendues. A présent le son vibre, résonne. Les parois d’abord semblent tout à fait nues, puis il se passe quelque chose d’extraordinaire. Peu à peu surgissent de la pierre des scènes du monde souterrain, que des siècles séparent mais qui s’unissent en un même écho.
(…)

Robert Macfarlane
Traduction Patrick Hersant

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

 » Quelque chose d’étrange affecte l’espace (…) « 
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine, Nathalie & Fabien.

24 septembre 2021

Cher journal, des traces fantomatiques s’animent autour de moi. L’air s’étouffe en silence. L’absence prend vie en creux, souvenir altéré aussi flou qu’impalpable. A travers une ronde spectrale inaudible, je perçois le bourdonnement d’un monde harmonieux. Comme si, derrière la fenêtre brisée de mes échecs, je pouvais entrevoir un lieu mythique, théâtre fantastique, foyer de mes fantasmes hallucinés. Mais déjà la lumière s’effondre, l’image merveilleuse s’efface dans une stupéfiante douceur, me laissant seule à nouveau, accompagnée des ruines fuyantes du tombeau de mes chimères.

L’inédit de la semaine : Pianoless Failure

Équinoxe again.

On reste en trio cette semaine, pour ce Pianoless Failure inédit, encore une fois écrit à trois paires d’oreilles. Frédéric, Matthias & Sylvain vous proposent une petite danse automnale, doucement tournoyante comme la fine et légère feuille libre, soumise à la gravité terrestre pour son dernier voyage avant la grande transcendance … C’est pas clair ? Bon, l’été c’est fini, là ça va commencer à faire frisquet, c’est l’automne, bientôt glagla. Alors tu valses, tu sautes, tu roule-boules, tu saltottes, tout ce que tu peux, on va pas t’aider sur ce coup là. Ce qui compte c’est que tu ne perdes pas de vue ta guinche intérieure, parce que c’est la vie !

Ce piano voyage en dedans…

Ce piano voyage en dedans,
voyage par sauts joyeux.
Ensuite il médite, en repos ferré,
cloué par dix horizons.

Il avance. Il se traîne sous des tunnels,
plus loin, sous des tunnels de douleur,
sous des vertèbres qui fuguent naturellement.

D’autres fois, ses trompes vont,
lents et jaunes désirs de vivre,
vont s’éclipsant
et s’épouillent d’insectiles cauchemars

déjà morts pour le tonnerre, héraut des genèses.

Obscur piano qui guettes-tu
avec ta surdité qui m’entend,
avec ton mutisme qui m’assourdit ?

Oh pouls mystérieux.

César Vallejo
Traduction Nicole Réda-Euvremer

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Tunnel sans piano
Lieu & destination inconnues, XXIème siècle
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José, Geneviève & Laurent, Lydie & Jean-Georges, Anne & François, Catherine & Daniel, Anne-Laure, Maarite & Charles, Jeanloulou, Anja, Estelle & Antoine.