Mis en avant

18 juin 2021

Cher journal, j’étais chez moi quand, soudainement, j’étais dehors ! Entre les deux, un flou, comme une absence incertaine. Une partie de mon espace-temps domestique a disparu dans un abîme hellénique. Compter les jours exilés, tenir la chronique de ce temps absent, recenser les séquelles et leurs causes est si difficile… Aujourd’hui j’ai l’impression de renaître amputée d’un temps désaffecté, zombie sensible et clairvoyante, en quête de souvenirs confus, incapable de faire le récit de ma propre existence. Je suis pleine de ce manque, mais il va me falloir du temps pour digérer cela. En attendant je suis dehors et je danse, le ventre vide mais le cœur léger à nouveau, et ça me fait du bien.

L’inédit de la semaine : Mechanic Bird (Oiseau Mécano) : Orgy

Et de un qui font trois…

Après Matthias et ses subtiles Strates n°4, après Frédéric et son Prélude n°5 répondant au doux nom de Niark, voici le moment de clore cette série de solos, créés spécialement pour le blog, avec Sylvain et son Mechanic Bird (Oiseau Mécano) : Orgy sic ! Votre chef du jour vous propose au menu une salade de pistons pour ouvrir l’appétit, suivie d’une triplette d’embouchures en gelée accompagnées d’un petit verre d’huile millésimée, et sa spécialité sucrée-salée-beurrée-douce-amer : le millefeuille d’aciers variés aux copeaux de peaux. Pour éviter la nuit blanche digestive, il est fortement conseillé de danser. A un c’est bien, à deux c’est mieux, à trois c’est extra !

Les Malheureux
à Louise Read

La trompette a sonné. Des tombes entr’ouvertes
Les pâles habitants ont tout à coup frémi.

Ils se lèvent, laissant ces demeures désertes
Où dans l’ombre et la paix leur poussière a dormi.
Quelques morts cependant sont restés immobiles ;
Ils ont tout entendu, mais le divin clairon
Ni l’ange qui les presse à ces derniers asiles
Ne les arracheront.

« Quoi ! renaître ! revoir le ciel et la lumière,
Ces témoins d’un malheur qui n’est point oublié,
Eux qui sur nos douleurs et sur notre misère
Ont souri sans pitié !

Non, non ! Plutôt la Nuit, la Nuit sombre, éternelle !
Fille du vieux Chaos, garde-nous sous ton aile.
Et toi, sœur du Sommeil, toi qui nous as bercés,
Mort, ne nous livre pas ; contre ton sein fidèle
Tiens-nous bien embrassés.

(…)

Contre leur gré pourquoi ranimer nos poussières ?
Que t’en reviendra-t-il ? et que t’ont-elles fait ?
Tes dons mêmes, après tant d’horribles misères,
Ne sont plus un bienfait.

Au ! tu frappas trop fort en ta fureur cruelle.
Tu l’entends, tu le vois ! la Souffrance a vaincu.
Dans un sommeil sans fin, ô puissance éternelle !
Laisse-nous oublier que nous avons vécu. »

Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

(…) renaître ! revoir le ciel et la lumière (…)
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José.

11 juin 2021

Cher journal, la solitude est un éclat nocturne fertile, et l’exil intérieur une épreuve régénérante. J’entame ma deuxième semaine d’isolement. Loin des flux numériques, je sens une inépuisable abondance affleurer les rives de mon inconscience. Pour en sortir quelque chose, il me faut faire des efforts considérables afin de ne pas me faire submerger par l’intensité créative. Il est vertigineux de se confronter à notre puissance intime. Je me sens au bord d’un gouffre monstrueux, impitoyable dans son attractivité, illusoire mais complice, si difficile à révéler. T’écrire ainsi me demande tant d’efforts, t’écrire aussi me donne tellement d’énergie… Nier le temps, diluer les heures à l’essence de mon pouls, plonger dans mes abîmes psychiques, y trouver le silence et la mort, gratter la membrane stérile afin d’extraire la précieuse lumière, danser avec moi-même une valse insensée, et discrètement déposer à mes pieds le trésor intestin. Puis, Phénix et Narcisse, renaître à ma quête…

L’inédit de la semaine : Niark, prélude n°5

Au suivant !

Et c’est Frédéric qui prend le relais, le souffle généreux et les doigts agiles, face au vent mais bien vaillant ! Après les Strates n°4 de Matthias la semaine dernière, nous poursuivons l’exploration du trio en solos. Cette semaine, Frédéric vous a concocté une fricassée d’anches au beurre clarifié, quelques fritures de clés antirouillées, et vous servira tout cela sur un lit de drone aux huiles essentielles de flanger grillé. Merci chef Frédéric Gastard pour ce Niark, prélude n°5 gastronomique ! Si ça vous tente, on a un coulis de réverb d’ampli, ça passe très bien sur un clafoutis de chaîne hi-fi dénoyautée. Et puis c’est léger pour danser…

♡ Bienvenue aux nouvelles/aux Tipeuses/eurs du blog (toutes les infos ici), qu’iels soient ici infiniment remercié.e.s : Didier, Kali, Céline & José.

Harness lightning
for Jimi Hendrix

leaping dolphins off a rainbow bridge guitar plugged into a cosmic amp melting blue flames in his hands mud on the voice
delta poetry dripping from his guitar maps drawn with sticks in the electric mud sound moving skyward
at first the music was invisible to my ears i had never heard an electric prayer before never knew that guitars could open doors like saxophones
lifted mind from a prison of labels false walls that separate us defining things
that need no definition just is
screaming strings harmonize in high frequency bathe our ears in a field of sound bending light new connections
I searched Seattle
for the pillow
that held Jimi’s head
dream catching,
plucking love from the nest
of broken hearts
the borrowed weeping
of blues men
singing into empty bottles
of perfume
with their processed hair of crows
prayer and electricity in an awesome room mud and the spirit shaped into a man
black gypsy sweating paisley under stars dancing rainbows in the night

Kamau Daa’ood, The language of saxophones

Harnais de foudre

sauter des dauphins d’une guitare à pont arc-en-ciel branchée sur un ampli cosmique fondant des flammes bleues dans ses mains de la boue sur la voix
la poésie delta dégoulinant de sa guitare, des cartes dessinées avec des bâtons dans le son de boue électrique se déplaçant vers le ciel
au début la musique était invisible à mes oreilles je n’avais jamais entendu une prière électrique avant je n’ai jamais su que
les guitares pouvaient ouvrir des portes comme les saxophones
esprit levé d’une prison d’étiquettes faux murs qui nous séparent définissant les choses
qui n’a pas besoin de définition est juste
les cordes hurlantes s’harmonisent dans les hautes fréquences baignent nos oreilles dans un champ de sons légers de nouvelles connexions
J’ai cherché à Seattle
pour l’oreiller
qui tenait la tête de Jimi
attraper des rêves,
cueillir l’amour du nid
des cœurs brisés
les pleurs empruntés
des hommes de blues
chanter dans des bouteilles vides
de parfum
avec leurs poils de corbeaux transformés
la prière et l’électricité dans une pièce impressionnante de boue et l’esprit façonné en un homme
noir gitan suant du cachemire sous les étoiles dansant des arcs-en-ciel dans la nuit


Traduction internet à titre indicatif, si quelqu’un veut nous refaire ça bien on est preneur, pas facile de traduire de la poésie !

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

« leaping dolphins off a rainbow bridge (…) »
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric, Didier, Kali, Céline & José.

04 juin 2021

Cher journal, j’aime voyager seule. Dans la solitude de mes errances, mes amies ne sont jamais loin, elles m’accompagnent dans un dialogue intérieur sans fin. Quand je traverse le désert, je pense à T., qui ne craint ni le soleil, ni sa chaleur. Gravissant un sommet, c’est à toi O. que je songe, aux ressources que tu déploies pour garder le moral, jusqu’à la crête. Si je bivouaque sur la neige ou sous la glace, I. me soutient et me réchauffe de sa malice et de son rire contagieux. Quand je me perds, dans la foule, dans la ville, sur des chemins désastreux, dans mon bulbe rachitique ou loin du cœur empathique d’une humanité délicate, c’est à vous toutes, complices, que je me cramponne, dans une prodigieuse orgie chimérique où s’entrelacent votre sève et mon essence. Finalement, je ne suis jamais seule, sauf peut-être quand je danse…

L’inédit de la semaine : Strates n°4

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Mais non, c’est…

Matthias, tu serais partant pour inaugurer une série de solos pour le blog ? On ferait ça ensemble, mais c’est toi qui ferais tout : la compo, l’arrangement, le jouage, et puis comme ça, nous on te regarde, on t’écoute depuis la terrasse en buvant des coups, et on te dit ce qu’il faut faire quand on a rien à dire (on est fort pour ça !). Et promis, la semaine prochaine on échange, alors, tu dis oui ?
Bah vous en avez de la chance, aujourd’hui au menu, c’est trombone rappé en entrée, puis en plat, mijoté de trombone à la sourdine cuivrée, et enfin, dessert à coulisse et son café huilé-graissé. Une orgie pour les oreilles ! Ça s’appelle Strates n°4, et c’est chef Matthias Mahler qui vous régale. Attention, dansez en mangeant, mais pas n’importe comment…

Au passage, permettez-nous de vous annoncer la sortie de la playlist du mois de mai, avec les participations de Fabe Beaurel Bambi, Florent Hamon & Nicolas Gastard. Et aussi, nous avons l’immense plaisir d’accueillir les premier.e.s Tipeuses/eurs du blog (toutes les infos ici), qu’iels soient ici infiniment remercié.e.s : Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric.

A New York

– II –

Voici le temps des signes et des comptes
New York ! or voici le temps de la manne et de l’hysope.
Il n’est que d’écouter les trombones de Dieu, ton cœur battre au rythme du sang ton sang.
J’ai vu dans Harlem bourdonnant de bruits de couleurs solennelles et d’odeurs flamboyantes
– C’est l’heure du thé chez le livreur-en-produits-pharmaceutiques
J’ai vu se préparer la fête de la Nuit à la fuite du jour.
C’est l’heure pure où dans les rues, Dieu fait germer la vie d’avant mémoire
Tous les éléments amphibies rayonnants comme des soleils.
Harlem Harlem ! voici ce que j’ai vu Harlem Harlem !
Une brise verte de blés sourdre des pavés labourés par les pieds nus de danseurs Dans
Croupes de soie et seins de fers de lance, ballets de nénuphars et de masques fabuleux
Aux pieds des chevaux de police, les mangues de l’amour rouler des maisons basses.
Et j’ai vu le long des trottoirs, des ruisseaux de rhum blanc des ruisseaux de lait noir dans le brouillard bleu des cigares.
J’ai vu le ciel neiger au soir des fleurs de coton et des ailes de séraphins et des panaches de sorciers.
Écoute New York ! ô écoute ta voix mâle de cuivre ta voix vibrante de hautbois, l’angoisse bouchée de tes larmes tomber en gros caillots de sang
Écoute au loin battre ton cœur nocturne, rythme et sang du tam-tam, tam-tam sang et tam-tam.

Léopold Sédar Senghor, Éthiopiques

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

« (…) ton cœur battre au rythme du sang ton sang. »
ENORME merci aux Tipeuses/eurs de cette semaine :
Marionette & ses moutons, Anouck & Nicolas, Odile & Christian, Gilles & Dominique, Claude & Cédric.

28 mai 2021

Cher journal, qu’il est difficile de t’écrire encore ce soir… Mes pensées se télescopent, et mon humeur est si changeante. J’ai plutôt bon moral, je sens que l’ambiance est à la fête ici. J’ai bien l’impression qu’on va danser jusqu’à l’été, et que ça va faire du bien, y’a qu’à choisir la bonne playlist. Mais parfois une vague me soulève le cœur, et je suis envahie d’une révolte infinie contre la bêtise et l’injustice. Et souvent ces deux états, l’euphorie et l’affliction, m’habitent simultanément. Ça donne comme un goût amer à la fête, mais ça met de la joie dans les combats, et finalement c’est ça qu’est bien ! Allez, je mets mes plus belles sapes et je vais retrouver mes amies au soleil pour une  »danse de la lutte », enragée et vigoureuse !

L’inédit de la semaine : Comité Bantou

L’autre Bantou de l’autre capitale…

Attention, veuillez faire une ovation pour le retour de notre invité magistral, le merveilleux ♡ Fabe Beaurel Bambi ♡ aux djembé & percussions ! Nous entrons en résidence pour finaliser un répertoire bien dansant et festif, et bonne nouvelle, vous allez bientôt pouvoir guincher avec nous [joie indescriptible]. Tout d’abord devant votre ordinateur, avec le son à fond, grâce au festival en ligne Pointe-Noire en Scène du 19 au 21 Juin 2021. Et puis vous allez venir nombreux, très nombreux, au concert le 17 juillet prochain, devant le théâtre de Montreuil. Tous les renseignements sur notre site www.triojournalintime.com. Mais avant tout, petite mise en jambe avec cette version en quartet du Comité bantou des Bantous de la Capitale, rien que ça…

Ce Congo-là

Ce Congo-là
Des mil villas
Des mil viols
Des vols et des dols
Des scandales à perpette
Des limousines mal famées
Des jeeps aux vitres fumées
Pour partouzes filmées
En toute impunité
Sur des routes éventrées
En toute modernité

Ce Congo-là
Des dollars souillés
Des télés soulées
Des églises lubriques
Avec des dieux bavards
Au appétits effroyables
Aux spectacles enfants admis

Ce Congo-là
J’en suis lasse
Je m’en balance
Qu’il disparaisse
Ce Congo-là
N’est pas le mien

Mon Congo à moi
Il est dans les champs
Que remuent nos mères
Il est sur les sentiers de chasse
Que pistent nos pères
Dans les cartables avides
Des écoliers têtus qui
Sans bourse et panse vide
S’obstinent à compter et lire
Pour des lendemains incertains
Alors que certains les saignent

Mon Congo à moi
Le Congo de Kimpa Vita De Chebeya et d’Anuarite
De Uhuru et de Kimpwanza
De Kimbangu et de Lumumba
Le Congo des sangs versés
Des sueurs sur des fronts redressés
Le Congo crânement debout
Debout et fier et vaillant
Le Congo des hommes libres
Le Congo des femmes libérées
Le Congo des Congolais !


NGALYA DJUNGU URSULE DOUCE, Qu’attendez-vous qu’on vous dise encore ?

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Attention, regarder trop longtemps ce gif ne fait pas partie des 5 fruits et légumes par jour

21 mai 2021

Cher journal, je n’ai pas le temps de t’écrire aujourd’hui. En fait si mais je n’en ai pas envie. Ce n’est pas ça non plus. C’est juste que, je ne sais pas… Quelque chose me retient loin de toi, une énergie nouvelle m’emporte dehors, loin du clavier et de notre relation virtuelle. Un goût de réel. C’est ça ! Une douceur vive au fond du cœur, une palpitation que je n’avais pas ressenti depuis un moment. Comme une urgence à me distraire ailleurs. Retrouver des émotions trop longtemps laissées de côté. Jouir à nouveau de tous mes sens, rassasier mon cerveau de subtils et délicats plaisirs, m’aveugler de lumières scintillantes, observer la vie sous des prismes harmonieux, réfléchir en écoutant les autres. M’enivrer. Danser à la folie… Mais tu vois, finalement j’ai bien le temps de t’écrire.

L’inédit de la semaine : Crazy in Krump

Uh oh, uh oh, uh oh, oh, no, no (bis)

I look and stare so deep in your eyes /
I touch on you more and more every time /
When you leave, I’m begging you not to go /
Call your name two, three times in a row /
Such a funny thing for me to try to explain /
How I’m feeling and my pride is the one to blame /
‘Cause I know I don’t understand /
Just how your love can do what no one else can.
Ça c’est Beyoncé qui le dit, et c’est bien le même sentiment qui anime le lien tissé entre vous et nous, cette relation envoûtante de possession mutuelle et de liberté totale. C’est bien sûr le moteur de notre créativité : sans Vous, pas de Nous… Alors, BONNE NOUVELLE, on revient sur scène tout bientôt, avec plusieurs projets, des invités, plein de nouvelles musiques et on va enfin vous voir danser en vrai ! Vous trouverez les dates de concert sur le site www.triojournalintime.com. En attendant ces retrouvailles charnelles, entraine toi chez toi avec ce mashup Crazy in Krump, en compagnie de notre Nicolas Gastard adoré. Allez hop, bouge tes bras, lève tes jambes, danse ta vie !

[A nigerian journalist] told me that people were saying my novel was feminist, and his advice to me (…) was that I should never call myself a feminist, since feminists are women whoare unhappy because they cannot find husbands.

So I decided to call myself a Happy Feminist.

Then an academic, a Nigerian woman, told me that feminism was not our culture, that feminism was un-African, and I was only calling myself a feminist because I had been influenced by Western books. (…)

Anyway, since feminism was un-African, I decided I would now call myself a Happy African Feminist.Then a dear friend told me that calling myself a feminist meant that I hated men. So I decided I would now be a Happy African Feminist Who Does Not Hate Men. At some point I was a Happy African Feminist Who Does Not Hate Men And Who Likes To Wear Lip Gloss And High Heels For Herself And Not ForMen

Chimamanda Ngozi Adichie, We Should All Be Feminists

D’après [un journaliste nigérian], les gens trouvaient mon roman féministe et il me recommandait (…) d’éviter à tout prix de me présenter de la sorte car les féministes sont malheureuses, faute de trouver un mari.

Cela m’a incitée à me présenter comme une Féministe Heureuse.


Puis une universitaire nigériane m’a expliqué que le féminisme ne faisait pas partie de notre culture, que le féminisme n’était pas africain, et que c’était sous l’influence des livres occidentaux que je me présentais comme une féministe. (…)


Quoi qu’il en soit, puisque le féminisme n’était pas africain, j’ai décidé de me présenter comme une Féministe Africaine Heureuse. C’est alors qu’un de mes proches amis m’a fait remarquer que me présenter comme féministe était synonyme de haine des hommes. J’ai donc décidé d’être désormais une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes.

Traduction Sylvie Schneiter

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Capture d’écran du site www.triojournalintime.com

14 mai 2021

Cher journal, l’hiver s’éloigne à grands pas et le printemps s’installe avec ses odeurs fleuries. La neige et le froid ne sont plus que souvenirs déjà flous, c’est incroyable comme la nature est résiliente. Déjà les oisillons sortent de leur nid, avec eux la vie prend son envol, et j’ai bien, moi aussi, l’intention de m’éloigner de cette chambre si longtemps occupée. Voltiger de terrasses en forêts, embraser de grands feux de joie, retrouver mes amies et faire enfin de nouvelles rencontres, migrer vers un ailleurs inconnu, voilà un programme réjouissant. J’ai malgré tout comme une intense boule au ventre, et le goût âcre, métallique, du sang dans ma bouche me laisse à penser que tout cela ne sera pas si simple…

L’inédit de la semaine : My Own Home

Le chant de la sirène…

Restons encore un peu dans le Livre de la jungle, avec aujourd’hui une version de My Own Home, qui clôture le film de Walt Disney. Encore une magnifique mélodie signée des frères Robert & Richard Sherman, jouée en trio, tout simplement. On n’a qu’à dire que Fred c’est Baloo, Matthias serait Bagheera, et du coup faut visualiser Sylvain en slip rouge pour Mowgli… Mouais, pas sûr que ça facilite votre écoute… En tous cas, pour nous aider à digérer les paroles originales de cette chanson, nous faisons appel ci-dessous à Susan Sontag, qui nous propose un autre parcours tout à fait réjouissant ! Si tu veux, tu danses, avec qui tu veux [cœur].

The Saturday Review, 23 septembre 1972

(…) Women have another option. They can aspire to be wise, not merely nice; to be competent, not merely helpful; to be strong, not merely graceful; to be ambitious for themselves, not merely for themselves in relation to men and children. They can let themselves ago naturally and without embarrassment, actively protesting and disobeying the conventions that stem from this society’s double standard about aging. Instead of being girls, girls as long as possible, who then ago humiliatingly into middle-age women and then obscenely into old women, they can become women much earlier – and remain active adults, enjoying the long erotic career of which women are capable, for longer.

Susan Sontag, The Double Standard Of Aging

(…) Les femmes ont une autre option. Elles peuvent aspirer à être sages, et pas simplement gentilles ; à être compétentes, et pas simplement utiles ; à être fortes, et pas simplement gracieuses ; à avoir de l’ambition pour elles-mêmes, et pas simplement pour elles-mêmes en relation avec des hommes et des enfants. Elles peuvent se laisser vieillir naturellement et sans honte, protestant ainsi activement, en leur désobéissant, contre les conventions nées du “deux poids, deux mesures” de la société par rapport à l’âge. Au lieu d’être des filles, des filles aussi longtemps que possible, qui deviennent ensuite des femmes d’âge moyen humiliées, puis des vieilles femmes obscènes, elles peuvent devenir des femmes beaucoup plus tôt – et rester des adultes actives, en jouissant de la longue carrière érotique dont elles sont capables, bien plus longtemps.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Susan Sontag’s Double Standard remastered

07 mai 2021

Cher journal, je reviens de mon sport, bien transpirante et gonflée d’énergie. Sur le trajet j’ai croisé quelques animaux : des chevaux, des canards, un serpent, il ne manquait plus que les singes et les éléphants et je me serais crue au zoo, hihi ! Toutes ces bêtes sauvages, magnifiques, indomptées et libres, sans maître ni prophète, elles m’ont insufflé tout plein de vitalité. Graouw ! Je deviens une créature féroce et redoutable face à l’autorité oppressante. Que personne ne me dise quoi faire aujourd’hui, je suis libre, autonome et déchaînée ! Despote, passe ton chemin, petit chef disparaît, puissant souverain prends garde à mes griffes et mes crocs : je suis affamée de justice, assoiffée de solidarité, et d’une liberté insatiable… Grrrrr… C’est fou l’effet que ça me fait un petit footing.

La vidéo inédite de la semaine : Soundburning n°6

Ensemble on fait les fous, on dit bonjour aux animaux…

Cette semaine nous avons terminé la création de notre Livre de la Jungle, avec Florent Hamon et Nicolas Gastard, et ça nous met bien en joie, vois-tu ! Le spectacle sera visible à l’automne prochain, mais on peut déjà retrouver des extraits audios ici-même. Du coup, pour fêter ça, on t’a préparé une petite séance de peinture sonique que tu vas pouvoir danser dans ton salon, au rythme de Florent  »Big Chief » Hamon. Préviens tes voisins qu’il va se passer un truc dans le quartier, que tu peux rien dire de plus mais que ça va être fou de ouf. Attention, tous les coups sont permis !

Plaidoirie, 22 juin 1883

On a déjà fait bien des révolutions ! (…) Vous en verrez sans doute encore, et c’est pour cela que nous marchons pleins de confiance vers l’avenir ! Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime. Ce que nous voulons, c’est l’autorité de tous. M. l’avocat général m’accusait de vouloir être chef : j’ai trop d’orgueil pour cela, car je ne saurais m’abaisser et être chef c’est s’abaisser.

Louise Michel, Mémoires, tome I

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Le choix de la Tyrannie & le Feu de la délivrance,
allégorie libertaire anonyme inédite, XXIème siècle

30 avril 2021

Cher journal, assise sur une plage chimérique, je ferme les yeux et je suis un dauphin. Je quitte le rivage pour m’immerger dans le reflux des océans. Tout en m’engouffrant dans l’abîme des profondeurs marines, je plonge à l’intérieur, en mon cœur intime. J’y trouve une douce et paisible énergie. Ici règnent l’abondance et la plénitude. Loin des inquiétudes, je peux respirer sous l’eau, comme dans le ventre primitif. Je suis à la frontière de l’ancien et du nouveau. Bercée dans ce ventre-refuge, je suis doucement propulsée à mon commencement, quand ma vie n’était pas encore une lutte et que j’habitais une mer d’amour. J’éprouve une nouvelle existence, une mort, puis une renaissance. Parfois, nos passions sont mises à l’épreuve, et notre sensibilité est bouleversée, nos existences coincées entre un monde si changeant et l’impression progressive d’un temps qui rétrécit. Il est temps d’embrasser mon animal totem, de glisser avec lui, de lâcher prise et de laisser mes émotions affleurer, de les purifier. Une nouvelle énergie m’envahit. En cessant de chercher, je comprends, et la prise de conscience est totale, la mutation s’achève. J’accoste aux rives de mon évolution personnelle. Euphorique, je retrouve le sourire, je suis ouverte à tous les possibles. Je danse de joie.

La vidéo bonus de la semaine : Dronphine
L’inédit de la semaine : Protubérance œcuménique

Le retour du retour…

Et qui c’est que revoilà ? Mais oui, c’est lui, l’extraordinaire Yan Péchin , avec une proposition radicale une fois de plus. Après un Criminal World d’après David Bowie et un Nocturne n°8 tout à fait personnel, Yan nous rejoint pour un drone profond et régénérant, en forme de Protubérance œcuménique. Mille mercis l’ami, on en avait bien besoin ! A écouter à plein volume pour que les agents actifs fassent effet… Alors pour danser, me direz-vous ? Fermez-les yeux, vous répondrai-je !

Le désert

Cette lumière intérieure (…) peut être comparée à l’espace ; elle ne connaît pas de limites ; pourtant elle est toujours là, toujours auprès de nous, elle garde toujours sa sérénité et sa plénitude… On ne peut la saisir, et l’on ne peut s’en défaire ; elle va son propre chemin. On parle, et elle est silencieuse ; on demeure silencieux, et elle parle.

Aldous Huxley, Les portes de la perception

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Ecumenical Protuberence
Gif anonyme inédit, XXIème siècle

23 avril 2021

Cher journal, j’adore les aventures collectives mais là je crois que je suis en manque d’action. Je suis consternée de danser seule encore. Je comble l’attente par des heures de veille, fatigue factice si peu satisfaisante. Aujourd’hui je suis las de mon inertie. Je me sens moitié louve, moitié canarde, déchirée entre l’envie de mordre le temps et celle de m’expatrier vers un ailleurs intérieur. Et si tous ces sentiments contradictoires n’étaient que le prologue d’une prodigieuse mutation ? Mon cœur change, et ce n’est pas sale… Cet après-midi j’ai vu tonton Mimax au téléphone, il danse bien. Une jambe à la fois et plutôt slowliment, mais c’est déjà une chouette nouvelle.

L’inédit de la semaine : Prélude n°2

Il n’y a pas de préliminaire.

Sans détour donc, voici le retour de la magnifique ♡ team Witchduck ♡ : Marylou Abdelghani au saxophone ténor électrifié, et McG. à la flûte traversière, yeah ! Toujours en liberté, la team mi-sorcière/mi-canard nous offre un Prélude n°2 pour quintet à vent, et c’est un grand honneur/bonheur ! Avec le retour de ces Drones de Dames notre cœur chavire et nos oreilles s’embrasent… En bonus, toujours pas de corbeaux cette semaine, mais un paquebot vénitien dans une vidéo minimaliste, riquiquimaliste même !
– Un prélude, ça se danse comment ? me demandait ma fille hier au soir.
– Comme ça ! lui répondis-je.
Et toi, tu guinches ça comment ?

June 1981, Storrs, Connecticut.

(…) I have suckled the wolfs lip of anger and I have used it for illumination, laughter, protection, fire in places where there was no light, no food, no sisters, no quarter. We are not goddesses or matriarchs or edifices of divine forgiveness; we are not fiery fingers of judgment or instruments of flagellation; we are women forced back always upon our woman’s power. We have learned to use anger as we have learned to use the dead flesh of animals, and bruised, battered, and changing, we have survived and grown and, in Angela Wilson’s words, we are moving on. (…)

Audre Lorde, The Uses of Anger : Women Responding to Racism

(…) J’ai léché les lèvres d’une louve, la colère, et je m’en suis servie pour illuminer, rire, protéger, mettre le feu en des lieux où il n’y avait ni lumière, ni nourriture, ni sœurs, en des lieux sans merci. Nous ne sommes pas des déesses, ni des matriarches, ni les édifices du pardon divin ; nous ne sommes pas les doigts de feu du jugement dernier, ni des instruments de flagellation ; nous sommes des femmes toujours obligées de nous interroger sur notre puissance de femmes. Nous avons appris à utiliser la colère comme on utilise la chair morte des animaux. Et blessées, maltraitées, en nous transformant, nous avons survécu et grandi, et selon les mots d’Angela Wilson, nous continuons notre chemin. (…)

Traduction Magali Calise 

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

La vidéo bonus de la semaine : La Grande Lagune

16 avril 2021

Cher journal, je crois que j’ai vécu une expérience transcendantale avec une amie hier. Elle m’a chanté une ballade en s’accompagnant au piano, mais quel choc ! Elle a commencé par fredonner un air entêtant, avant de se lancer dans un couplet improvisé, un poème instantané. La dissolution de mon esprit dans un temps infini et l’abandon total de mon corps au profit de sensations incroyablement savoureuses, m’ont laissée comme orpheline ce matin. Je n’imaginais pas pouvoir à ce point m’oublier dans une telle ivresse sonore. Je suis impatiente de la revoir pour l’entendre à nouveau. Je suis fana d’elle.

L’inédit de la semaine : Just Like Water

Elle est dans la place !

ATTENTION les ami.e.s : après le merveilleux Fabe Beaurel Bambi, l’extraordinaire Yan Péchin, après la magnifique team Witchduck Marylou Abdelghani & McG, place à une nouvelle invitée fabuleuse, l’étourdissante L (Raphaële Lanadère) au chant ! L nous a fait l’immense honneur de passer au studio pour une séance de rêve dont nous ne sommes pas encore complètement remis, et nous vous proposons aujourd’hui un titre de Lauryn Hill issu de l’album MTV Unplugged No. 2.0 : Just Like Water. On passe un short et on te retrouve dans 5 min sur le dancefloor, tu vas voir, ça coule de source et ça régénère sévère !

Just Like Water

Moving down the streams of my lifetime
Pools of fascination in my sleep
Cooling off the fire of my longing
Warming up my cold within his heat

Bouncing down the walls of inhibition
Evaporating all of my fears
Baptizing me to complete submission
Dissolving my condition with his tears

It’s just like the water
I ain’t felt this way in years
It’s just like the water, the water
I ain’t felt this way in years

Coursing through my senses, he’s prevailing
Floating through the space of my design
Drowning me, I find my insides sailing
Drinking in the mainstream of his mind

Filling up the cup of my emotions
Spilling over into all I do
If only I could get lost in his ocean
Surviving on the thought of loving you

It’s just like the water
I ain’t felt this way in years, in years
It’s just like the water, the water
I ain’t felt this way in years

Bathing in the fountain of his essence
He causes my expression to remain
Humbled on the mountain by his presence
Washing my intentions with his name

Sealing all the floodgates of his passion
Saving all his liquid for his own
Moisturizing me to satisfaction
In my imagination, oh no

He’s pouring out his soul to me for hours and hours
Drawing out my nature with his hands
Yearning, I’m so thirsty for his power
Burning to be worthy of his land

It’s just like the water
I ain’t felt this way in years, in years
It’s just like the water
I ain’t felt this way in years

Cleaning me, he’s purging me
And moving me around
He’s bathing and he’s cleaning me
And moving me around
Around, and around and around and around

Washing me, cleaning me
Moving me around
He’s purging me, he’s been cleaning me
And moving me around
And around
And around

Around
And around
Moving me around

LAURYN HILL

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Battements d’L d’une papillonne.