Mis en avant

09 avril 2021

Cher journal, depuis toute petite je rêve de devenir ornithologue (pas ornithorynque, hihi !). J’adore observer les oiseaux, je les trouve fascinants. Je ne manque pas une occasion des les admirer, de la campagne à la montagne, de la mer au désert, c’est un émerveillement toujours renouvelé. Quand je les contemple, le temps est comme paralysé dans une valse immobile et perpétuelle. C’est le printemps depuis quelques nuits déjà, dehors un couple de mésanges prépare avec patience son refuge, tandis que l’envie de nidifier m’étreint également. Une tisane brûlante, l’odeur d’un livre du passé posé ouvert sur mon édredon, jouir d’un temps affranchi…

L’inédit de la semaine : Le Café – Danse Arabe

Passer le ballet.

Bla bla bla, on est content, bla bla, c’est le printemps, bla, on a tout not’ temps… pour danser encore ! Alors hop, le morceau du jour est fait pour ça : tiré du ballet Casse-Noisette, composé par Piotr Ilitch Tchaïkovski en 1892. Tu vois, on l’aime bien le Tchaik’, alors après Mars et son Chant de l’alouette, voici Le Café – Danse Arabe, acte II, scène 3. Y’en a à qui ça fait penser aux poissons, nous c’est les oiseaux, les gros oiseaux, ceux qui volent lourd et qui picorent les cauchemars de notre enfance… Fuyez, les corbeaux seront de retour la semaine prochaine ! En attendant, petite vidéo bonus avec Fabe Beaurel Bambi et François Couperin, mais pas que… Coquin, si tu nous envoies ta version de leur danse, on t’offre ton poids en solo de trombone !

Le royaume des poupées

Pardonnez-moi, chère demoiselle Silberhaus, dit alors Casse-Noisette en tendant la main à Marie, pardonnez-moi de vous avoir offert un si chétif ballet ; mais ces marauds-là ne savent que répéter éternellement le même pas qu’ils ont déjà fait cent fois. Quant aux chasseurs, ils ont soufflé dans leurs cors comme des fainéants, et je vous réponds qu’ils auront affaire à moi. Mais laissons là ces drôles, et continuons la promenade, si elle vous plaît.

ALEXANDRE DUMAS, Histoire d’un casse-noisette

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

La vidéo bonus de la semaine : Les Amusemens
avec Fabe Beaurel Bambi

02 avril 2021

Cher journal, aujourd’hui je me suis fait enfermer dehors, à trois reprises, c’est fou ! Déjà ce matin à l’école, les grilles étaient fermées, j’arrivais trop tard. Mais en plus, ce midi, c’est la cantine close qui m’a contrainte à manger extra-muros. Rien d’ouvert dans le coin, super, un petit jeûne pour la forme, ça fait toujours des économies… La cerise dans la chaussure c’était ce soir : impossible de remettre la main sur mes clefs, porte close, nuit tombante, solitude & angoisse, recluse à l’extérieur ! Il y a vraiment des jours où on ferait mieux de rester chez soi. Finalement j’ai réussi à retrouver ma chambre grâce à Emsi & Lou qui venaient pour une soirée Sorcières. Ce matin, au réveil, j’avais peur de tourner en rond, ce soir on va danser en carré !

La vidéo bonus de la semaine : Drone de couloir
L’inédit de la semaine : Drone de Dames

Olev ua nimag el.

Et voilà, le premier trimestre est déjà terminé, nous avons fait un quart du chemin sur ce blog. Autant dire que la fête bat son plein ici, et qu’on aimerait qu’elle dure quinze ans encore ! Pour célébrer ça aujourd’hui, voici un morceau un peu plus long que d’habitude, mis en vidéo, et surtout avec de nouvelles invitées… Veuillez accueillir la magnifique team Witchduck : Marylou Abdelghani au saxophone ténor, et McG. à la flûte traversière ! On partage bien des choses depuis bien longtemps (spéciale dédicace à tou.te.s les Canard.e.s en Liberté), énorme plaisir de nous aventurer ensemble dans l’improvisation débridée. Merci les amies pour cet envoûtant voyage intérieur. Attention, aujourd’hui ça se danse à bicyclette, va falloir faire de la place dans ton salon.

Chapitre 1

(…) Je pensais à l’orgue qui faisait retentir la chapelle de ses accents et aux portes fermées de la bibliothèque ; et je pensais qu’il est bien désagréable d’être enfermé au-dehors ; puis je pensais qu’il est pire peut-être d’être enfermé dedans ; et, pensant à la sûreté et à la prospérité d’un sexe et à la pauvreté et à l’insécurité de l’autre et à l’effet de la tradition et du manque de tradition sur l’esprit d’un écrivain, je pensai enfin qu’il était temps de rouler en boule la vieille peau ratatinée de cette journée, avec ses raisonnements et ses impressions, et sa colère et ses rires, et de la jeter dans la haie. Mille étoiles brillaient dans la solitude du ciel bleu. On se sentait comme seul en compagnie d’une société impénétrable. Tous les êtres humains étaient endormis, étendus sur le ventre, horizontalement, sans voix.

VIRGINIA WOOLF, Une chambre a soi

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

26 mars 2021

Cher journal, je fais parfois des cauchemars. Et au réveil, l’angoisse est toujours là, palpable, en dépit de l’aube prometteuse. La journée ne prend pas systématiquement le dessus, et quelquefois le cauchemar se prolonge en mode diurne. Aujourd’hui, danser m’était impossible sans une volonté immense. Pas le temps de méditer ni de m’étirer. Et retrouver le chemin du soleil fut un long labeur, à peine terminé à l’heure du sommeil. Qui me visitera cette nuit ? De quelles couleurs songerai-je ? J’avale un arc-en-ciel et je me glisse dans les ténèbres…

L’inédit de la semaine : Jungle Book Introduction vs Sections PB

Ouverture intérieure.

Et hop, on clôt le mois de mars avec le retour du Livre de la Jungle, projet toujours en gestation et tout en gesticulations, avec Florent Hamon et Nicolas Gastard. Aujourd’hui, voici l’introduction du spectacle, hybride de la musique de Georges Burns et de dérangements personnels, avec Nicolas Gastard aux percussions. Pour nous aider à danser dessus, on se fait plaisir avec la poésie cosmique de Babouillec, autrice autiste au sens de la formule qui nous touche particulièrement. Alors on pose bicyclettes et mobylettes, si tu danses c’est qu’t’es vivante !

Je, ou Autopsie du vivant

Je suis une enfant du ventre de ce monde où la poésie s’enterre vivante asphyxiée par l’hégémonie culturelle.

Je suis une enfant de ce sentier du monde en équilibre au-dessus des ravins ligotés entre le plein et le vide.

Je suis une enfant du ravin de ce monde ployé sous les sentiers en déséquilibre entre le vide et le plein.

Je suis une enfant en errance dans ce monde peuplé de certitudes soumis à la servitude.

(…)

Que du baratin, je me planque entre les lignes.
Ode bruyante, mixage éclaté, tête par-dessus bord,
Je suis autiste.

BABOUILLEC, Algorithme éponyme et autres textes

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

19 mars 2021

Cher journal, je vois des amies partout. Au cinéma, au restaurant, dans les musées, et même dans l’avion… C’est troublant toutes ces anonymes qui me sourient d’un regard complice et semblent me reconnaître, sans que je n’ai aucun souvenir d’elles. Il est bientôt deux heures du matin, je n’arrive toujours pas à dormir. Cela fait plusieurs mois que cette nuit sans fin me tient éveillée. Des flashs furtifs m’hypnotisent et je ne suis plus moi-même. Une autre demande à sourdre. J’ai parfois l’impression qu’elle prend le contrôle en mon absence, et je brûle de goûter celle qui émergera de cette effroyable mutation. Je suis sage, mais qui suis-je quand je rêve ? Qu’avons-nous à craindre de moi ? Et si la question n’était pas qui serai-je, mais combien suis-je ?

L’inédit de la semaine : Nocturne n°8

¿’ Furvent, ceux qui vont mûrir te saluent !

La citation est tirée du chef-d’œuvre La Horde du Contrevent, livre phénoménal d’Alain Damasio, qui nous accompagne depuis la création du trio il y a quinze ans déjà, choc littéraire dont les secousses nous remuent encore violemment aujourd’hui, et pour l’éternité. Il fallait bien cela pour accompagner notre Nocturne n°8, écho érotico-décadent au Nocturne n°2 du 22 janvier, concocté avec le si délicat Yan Pechin à la guitare électrique (de retour ici après notre Criminal World du 26 février), qu’il en soit ici encore infiniment remercié. C’est pas si simple à danser, mais tu as tellement de ressources qu’on a hâte de voir comment tu t’en sors. Hauts les cœurs et les genoux, on a toute la nuit devant nous !

XVI. Norska, à travers l’échancrure

π (…) Qu’importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu’importe ce qu’il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n’est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N’est pas l’emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d’un champ de neige ou au sommet d’un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N’est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m’en fiche ! Ce qui restera est une certaine qualité d’amitié, architecturée par l’estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu’on aura su s’offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci.

ALAIN DAMASIO, La Horde du Contrevent

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Petit jeu : sauras-tu trouver la différence entre ces deux photos ?
Bonus extra : Maya Angelou & Antonio Vivaldi

12 mars 2021

Cher journal, petit à petit les jours rallongent, le soleil se montre plus tôt. La soirée semble m’appeler au-dehors, la fête se fait désirer et mon feu s’impatiente. Quand danserai-je enfin, et avec qui ? Sur ma platine je joue un disque, le temps se fige dans un souffle… Je rêve… Ce soir je suis une reine, une déesse primordiale, protectrice et bienveillante, une sœur de cœur et de corps. Je suis Gaia, je suis Atira, je suis Ilmatar et Tiamat ! Ce soir je fête la tendresse et l’allégresse. Ce soir, je me célèbre.

L’inédit de la semaine : Concerto per due mandolini, andante

C’est vendredi, c’est Vivaldi !

Après Les Baricades Mistérieuses et Les Amusemens de François Couperin, voici encore un peu de musique baroque avec Antonio Vivaldi : l’adaptation de l’Andante de son Concerto pour deux mandolines RV532. Et pour accompagner cette pièce : un poème magnifique de Maya Angelou, une femme absolument phénoménale. La musique murmure, le poème chante, tout est réuni ici pour que tu danses toute la nuit ! Ça sera tendre et chaleureux, un slow céleste, pour guincher seul ou à plusieurs, pour rêver…

Phenomenal Woman

Pretty women wonder where my secret lies.
I’m not cute or built to suit a fashion model’s size   
But when I start to tell them,
They think I’m telling lies.
I say,
It’s in the reach of my arms,
The span of my hips,   
The stride of my step,   
The curl of my lips.   
I’m a woman
Phenomenally.
Phenomenal woman,   
That’s me.

I walk into a room
Just as cool as you please,   
And to a man,
The fellows stand or
Fall down on their knees.   
Then they swarm around me,
A hive of honey bees.   
I say,
It’s the fire in my eyes,   
And the flash of my teeth,   
The swing in my waist,   
And the joy in my feet.   
I’m a woman
Phenomenally.

Phenomenal woman,
That’s me.

Men themselves have wondered   
What they see in me.
They try so much
But they can’t touch
My inner mystery.
When I try to show them,   
They say they still can’t see.   
I say,
It’s in the arch of my back,   
The sun of my smile,
The ride of my breasts,
The grace of my style.
I’m a woman
Phenomenally.
Phenomenal woman,
That’s me.

Now you understand
Just why my head’s not bowed.   
I don’t shout or jump about
Or have to talk real loud.   
When you see me passing,
It ought to make you proud.
I say,
It’s in the click of my heels,   
The bend of my hair,   
the palm of my hand,   
The need for my care.   
’Cause I’m a woman
Phenomenally.
Phenomenal woman,
That’s me.

MAYA ANGELOU

Les jolies femmes se demandent où je cache mon secret.
Je ne suis pas mignonne ou construite pour convenir à la taille de mannequin
Mais quand je commence à le leur dire,
Elles pensent que je raconte des mensonges.
Je dis,
C’est dans le port de mes bras,
La rondeur de mes hanches,
Le rythme de ma démarche,
La courbure de mes lèvres.
Je suis une femme
Phénoménalement.
Femme phénoménale,
C’est moi.

J’entre dans une chambre
Tout aussi cool que vous s’il vous plaît,
Et tous les hommes se lèvent,
Ou tombent à genoux.
Ils essaiment autour de moi,
Une ruche d’abeilles domestiques.
Je dis,
C’est le feu de mes yeux,
Et le flash de mes dents,
Le swing de ma taille,
Et la joie de mes pieds.
Je suis une femme
Phénoménalement.
Femme phénoménale,
C’est moi.

Les hommes eux-mêmes se demandent
Ce qui les fascine tant en moi.
Ils s’y évertuent
Mais ne parviennent pas à atteindre
Mon mystère intérieur.
Quand j’essaie de les éclairer,
Ils disent qu’ils ne voient toujours pas.
Je dis,
C’est dans la voûte de mon dos,
Le soleil de mon sourire,
Le roulement de ma poitrine,
La grâce de mon style.
Je suis une femme
Phénoménalement.
Femme phénoménale,
C’est moi.

Maintenant vous comprenez
Pourquoi je ne baisse pas la tête.
Je n’ai pas à crier ou sauter à ce sujet
Ni même parler fort.
Quand vous me voyez passer,
Cela devrait vous rendre fiers.
Je dis,
C’est dans le clic de mes talons,
Les vagues de mes cheveux,
La paume de ma main,
Le don de ma tendresse.
Parce que je suis une femme
Phénoménalement.
Femme phénoménale,
C’est moi.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Concerto per due mandolini , andante, RV532
Manuscrit original, Don Antonio Vivaldi , XVIIIème siècle.
Bonus extra : Andante & Poetry

05 mars 2021

Cher journal, c’est bientôt le printemps et j’ai envie de sortir virevolter. L’aube crépusculaire illumine la ville d’une ambiance terne. Sous une belle lumière tamisée, la nature prépare son renouveau. Les odeurs sont encore pâles, mais je suis irrésistiblement appelée par l’extérieur, et la tentation de me calfeutrer dehors est grande. Je guette avec une douce fébrilité l’arrivée des hirondelles, mais aucun signe d’ailes. J’entends tout juste grisoller au loin, cela m’impatiente de plus belle. Mes seins sont redevenus sensibles depuis quelque temps, je désire et j’ai soif.

L’inédit de la semaine : Март – Песнь жаворонка

Crépuscule matinal.

Yan Péchin vs David Bowie la semaine dernière, que faire après cette déferlante ? Retour en trio aujourd’hui pour une adaptation du Chant de l’alouette, tiré de Les Saisons de Piotr Ilitch Tchaïkovski, parce que vraiment on aime les contrastes, et les compositeurs Russes… Au cours de l’année 1876, Tchaïkovski écrivit une pièce par mois, proposée en complément du magazine musical Nouvelliste. Une démarche qui nous parle assurément ! Chaque pièce était accompagnée d’un bout de poème, voici une traduction de celui d’Apollon Maïkov qui accompagnait l’oiseau martien :

Mars – Chant de l’alouette

Les champs sont miroitants de fleurs,
Des vagues de clarté déferlent dans le ciel,
Le chant des alouettes printanières
Dans le gouffre d’azur se répand.

Ça chante, ça danse, ça vole dans tous les sens. Et toi ?

Remerciements particulièrement chaleureux à Blutch pour sa trompette enchantée ♡

Март – Песнь жаворонка

Поле зыблется цветами…
В небе льются света волны…
Вешних жаворонков пенья
Голубые бездны полны.


Взор мой тонет в блеске полдня…
Не видать певцов за светом…
Так надежды молодые
Тешат сердце мне приветом…

И откуда раздаются
Голоса их, я не знаю…
Но, им внемля, взоры к небу,
Улыбаясь, обращаю.

Аполлон Николаевич Майков

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Mars, vue d’artiste.
Représentation astronomique anonyme inédite, XXIème siècle.
Bonus extra : le premier son de Mars… Merci Cédric !

26 février 2021

Cher journal, j’ai fait un stage de basket cette semaine. Intense et immersif. Je ne suis pas certaine d’aimer ça, j’ai des courbatures partout. Je suis un peu tombée aussi, mais je m’accroche. Heureusement que les repas sont généreusement garnis ! Hier c’était raclette, j’adore ça, je fais cuire des petits bouts de saucisse dedans, miam… Mes voisines de dortoir sont plutôt bruyantes, Nya se lève toutes les nuits pour boire, ça me réveille mais je l’aime bien quand même. Pour se détendre on danse parfois le soir. Demain, le thème de la boum c’est « Années 80 », j’espère qu’il y aura du Bowie. C’est ma dernière chance pour conclure avec Yan ♡

L’inédit de la semaine : Criminal World

Un mélange de tradition, de décadence et d’érotisme !

Cette semaine, un invité spécial pour vos oreilles et dans notre cœur : l’extraordinaire Yan Péchin aux guitares acoustique & électrique. On se connaît depuis un bout de temps maintenant, croisé en tournée avec Jacques Higelin, Hubert-Felix Thiéfaine, ou encore Brigitte Fontaine, il nous a ébloui sur scène aux côtés d’Alain Bashung, et on est bien heureux d’avoir enfin le plaisir de jouer en intimité avec lui. Merci Yan pour cette belle journée en ta compagnie ! Alors en plat du jour on sera sur du David Bowie qui lui même reprenait en hors-d’œuvre un tube du groupe Metro : Criminal World. A servir avec une petite Roussette de Savoie si vous aimez le fruit, ou une Mondeuse, plus tannique, pour les palais gourmands. Tu danses ?

You never told me of your other faces
You were the widow of a wild cat

And now I know about your special kisses
And I know you know where that’s at

I guess I recognise your destination
I think I see beneath your make-up

What you want is so separation
This is no ordinary, this is no ordinary

What a criminal world

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

19 février 2021

Cher journal, je n’aime pas les vacances. Je n’aime pas l’hiver, le temps passe si lentement, et j’ai tout le temps peur d’avoir froid. Je n’aime pas les adultes, je ne veux pas devenir comme eux. Je n’aime pas les enfants, je ne peux pas rester comme eux. J’ai l’impression d’être déchirée à l’intérieur. Comme si je n’étais que l’amalgame de tissus épars qu’il faudra bien assembler un jour. Pour devenir quoi ? Pour jouer un rôle de façade dans un monde de masques ? Je ne veux pas jouer un rôle, je ne veux pas trahir l’enfant que j’étais, je veux être une adulte entière et conséquente. J’ai faim. Je crois que Boris va préparer une fondue ce soir. J’adore les vacances.

L’inédit de la semaine : The Dull Yellow Eye Of The Creature

Le calme avant la tempête ?

Aaah, il vous a plu l’ami Fabe Beaurel Bambi  ! Bah nous aussi, alors on le retrouvera bientôt, et pour longtemps. En attendant ces retrouvailles, et pour vous remettre de vos émotions, retour au trio en liberté, avec une miniature électrique et ludique : The Dull Yellow Eye Of The Creature. Toute en cicatrices – coutures apparentes, sans flagornerie ni tartufferie, la chair à vif et le cœur ouvert, voici La Chose ! Si vous arrivez à danser la-dessus, promis, on mange nos étuis…

Nota bene : Afin de profiter au mieux de la chanson du jour (!), nous vous conseillons de l’écouter avec un bon casque hifi ou à fond sur votre chaîne haute fidélité pour en goûter toutes les saveurs. Par contre nous ne fournissons pas de service médiation avec vos voisins !

Chapitre V

Une sinistre nuit de novembre, je pus enfin contempler le résultat de mes longs travaux. Avec une anxiété qui me mettait à l’agonie, je disposai à portée de ma main les instruments qui allaient me permettre de transmettre une étincelle de vie à la forme inerte qui gisait à mes pieds. Il était déjà une heure du matin. La pluie tambourinait lugubrement sur les carreaux, et la bougie achevait de se consumer. Tout à coup, à la lueur de la flamme vacillante, je vis la créature entrouvrir des yeux d’un jaune terne. Elle respira profondément, et ses membres furent agités d’un mouvement convulsif.

Mary Shelley, Frankenstein, ou le Prométhée moderne

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~

It was on a dreary night of November that I beheld the accomplishment of my toils. With an anxiety that almost amounted to agony, I collected the instruments of life around me, that I might infuse a spark of being into the lifeless thing that lay at my feet. It was already one in the morning; the rain pattered dismally against the panes, and my candle was nearly burnt out, when, by the glimmer of the half-extinguished light, I saw the dull yellow eye of the creature open; it breathed hard, and a convulsive motion agitated its limbs.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Skeleton 135
Etude anatomique anonyme inédite, XXIème siècle

12 février 2021

Cher journal, il neige et ça change tout. Que j’aime le bruit sourd de mes pas dans la poudreuse, le crissement des bottes sur la neige ! . . . Crsss . . . crsss . . . crsss . . . crsss . . . Et la petite flaque glacée que je m’amuse à briser tout doucement du bout de mon pied… Mmm… Bien au chaud dans ma chambre, par-delà ma fenêtre, j’aperçois quelques flocons épars qui tombent tels une pluie de cendre. Je ne sais plus ce que j’observe : scène funeste ou monde paisible ? Fines dentelles aux variations infinies, canevas psychédéliques tournoyants, je contemple avec nostalgie la douce valse des flocons. J’ai envie de revoir Bambi, je l’adore ♡

L’inédit de la semaine : Les Amusemens

Entrez dans la danse / Les soucis n’ont pas de chance…

La musique commence… avec un invité magistral, le premier du blog, le merveilleux Fabe Beaurel Bambi au djembé et petites percussions, merci de l’accueillir chaleureusement ! (collez ici : vous en liesse) Nous nous sommes rencontrés grâce à Fabienne Bidou à Pointe-Noire, Congo-Brazzaville, au cours de résidences inoubliables, et nous nous retrouverons bientôt sur scène, on vous tiendra au courant bien sûr. En attendant, Beaurel nous a fait l’honneur de passer au local jouer avec nous, un bonheur, et c’est donc sur Les Amusesmens (sic) de François Couperin que nous vous proposons de danser ensemble… La dernière fois, sur I Wan’na Be Like You, on a reçu une vidéo de claquettes en santiags sur le sable, très bien, merci VR. Cette fois-ci, qui nous enverra une vidéo de salsa sur glace ?

La Querole

Cele gent dont je vous parole
Estoient pris a la querole
Et une dame lors chantoit
Qui leesce apelee estoit ;
Bien sot canter et plesaument,
Ne nule plus avenaument
Ne plus bel ses refrais n’assist. (…)
Lors veïssiez querole aller
Et genz mignotement bauler
Et faire mainte bele treche
Et maint biau tour sot l’erbe fresche.


Guillaume De Lorris, Le Roman De La Rose

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~

Ces gens dont je vous entretiens
étaient occupés à danser la carole
et une dame qui s’appelait Liesse
chantait pour eux ;
elle savait bien chanter
et de manière plaisante,
et nulle autre n’aurait eu une façon
plus belle et plus seyante
de poser sa voix pour ses refrains. (…)
C’est alors que vous auriez pu
voir la carole tourner
et les gens danser joliment
et faire mainte belle figure
et maint beau tour sur l’herbe fraîche.

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

05 février 2021

Cher journal, nous sommes déjà en février, comme le temps passe vite quand on s’amuse ! Drôle de rêve cette nuit, je me suis réveillée en riant, ça m’a fait pleurer. Je naviguais sur une embarcation de fortune, vent dans le dos, quand un mur invisible m’empêcha d’aller plus loin. Le vent soufflant toujours, de plus en plus fort, je me sentais comprimée, j’étouffais mais je n’avais pas peur, consciente de mon statut de rêveuse. Sous pression, mon radeau se brise soudainement, et je chute dans un ciel nocturne, clair et dégagé. La Terre se met à tourner autour de moi, valsant avec les étoiles, et j’ai l’impression de tomber vers le haut. Un scintillement familier à la frontière de la voûte céleste attire mon attention, m’éblouit de chaleur et me remplit de joie. Tout en accélérant vers la lueur, je chante, à toute vitesse, exagérément vite, précipitée, enfiévrée, je ris, je suis hilare, je suis vivante.

L’inédit de la semaine : La Grande Lagune

Retrouver la fièvre…

Cette semaine, La Grande Lagune, improvisation à la manière des surréalistes, dont le titre est tiré d’un texte sublime de Greta Knutson, femme artiste invisibilisée comme tant d’autres. Essayer d’en savoir plus sur elle et sur son œuvre, voilà qui devrait vous occuper quelques soirées… Allez, comme on vous aime bien, voici en guise de mise en bouche le début de sa Lagune qu’on aime tant. On voulait vous expliquer un peu plus notre cuisine interne, comment sont préparées puis montées les improvisations, vous dire à quel point on croit en une fièvre inventive qu’il faut entretenir, pas facile tous les jours, et puis on s’est dit que non, que vous aviez déjà les oreilles pour écouter et le cœur pour battre la mesure, et que ça, c’est déjà tant…

Pour Mac, tendrement, infiniment.

La Lagune

Le pays n’avait plus de nom,
aucun voyageur ne connaissait plus son emplacement.
Le temps y dormait sous les cloches des églises effondrées.
La langue avec ses récits chantés était oubliée,
plantes et arbres des anciens étaient retournés à leur état sauvage ;
dans les bois rôdaient des taureaux et des béliers
qu’aucun chasseur n’eût osé approcher.

La grande lagune étendait ses eaux claires jusqu’à la mer,
scintillant au loin.

(…)

Greta Knutson, Lunaires

Gros bisous,
Frédéric, Matthias & Sylvain.

Qui boira le vin nouveau ?
Croquis hétérogène anonyme inédit, XXIème siècle